[Convention, nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES, j g 9S 77 Adresse mes lettres de prêtrise, afin qu’elles soient consumées dans l’autodafé que la philo¬ sophie prépare à tous les odieux monuments du fanatisme qui ensanglanta si souvent l’Eu¬ rope entière, avilit et dégrada trop longtemps l’espèce humaine. Je joins ici la profession do foi de mon vicaire : « La loi est la seule religion de l’homme libre; la liberté est son seul dieu. » « Encore un grand triomphe moral, pour la République écrivent de Rocheïort les représentants du peuple envoyés dans le dépar¬ tement de la Charente-Inférieure et circonvoi-sins : non pas sur les momeries presbytérales, elles n’existent plus dans ce pays; mais sur un sujet non moins sot et non moins enraciné qu’elles. Nous avons formé ici un tribunal révo¬ lutionnaire comme celui de Paris, et nous en avons nommé nous-mêmes tous les membres, excepté celui qui doit clore la procédure, le guil-lotineur : des citoyens assez zélés pour le salut de la République se sont présentés pour cet objet. Nous avons proclamé le citoyen Ance qui, le pre¬ mier, s’est écrié avec un noble enthousiasme : « C’est moi qui ambitionne l’honneur de faire tomber la tête des assassins de ma patrie. » Nous pensons qu’en peu de jours les juges le mettront à même de donner la preuve pratique du patrio¬ tisme avec lequel il vient de se montrer si au-dessus des préjugés. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (1). Suit la lettre de Lequinio et Laignélot (2). Lequinio et Laignélot, représentants, à la Convention nationale. « Rochefort, le 7e jour de la 2e décade de brumaire de l’an II. « Encore un grand triomphe moral, citoyens collègues, non pas sur les momeries presbytériales, elles n’existent plus dans ce pays, mais sur un préjugé non moins sot et non moins enraciné qu’elles. Nous avons formé ici un tribunal ré¬ volutionnaire comme celui de Paris, et nous en avons nommé nous-mêmes tous les membres, excepté celui qui doit clore la procédure, le guïllotineur ; nous voulions laisser aux patriotes de Rochefort la gloire de se montrer librement les vengeurs de la République trahie par des scélérats; nous avons simplement exposé ce besoin à la Société populaire. Moi, s’est, avec un noble enthousiasme, écrié le citoyen Ance, c’est moi qui ambitionne l’honneur de faire tom¬ ber la tête des assassins de ma patrie ! A peine a-t-il eu le temps de prononcer cette phrase, que d’autres se sont levés pour le même objet et ils ont réclamé du moins la faveur de l’ai¬ der. Nous avons proclamé le patriote Ance, guil-lotineur et nous l’avons invité à venir, en dînant avec nous, prendre ses pouvoirs par écrit et (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 172. (2) Archives nationales, carton C 278, dossier 736; Supplément au Bulletin de la Convention du 22 bru¬ maire an II (mardi 12 novembre 1793); Moniteur universel [n° 54 du 24 brumaire an II (jeudi 14 no¬ vembre 1793), p. 219, col. 1]; Journal des Débats et des Décrets (brumaire an II, n° 420, p. 291); Aulard i Recueil des actes et de la correspondance du comité de Salut public , t. 8, p. 280. les arroser d’une libation en l’honneur de la République; nous pensons qu’en peu de jours les juges le mettront à même de donner la preuve pratique du patriotisme avec lequel il vient de se montrer si au-dessus des préjugés qu’il fut toujours intéressant aux rois et aux tyrans d’entretenir pour nourrir toutes les iné¬ galités sociales sur lesquelles s’étabüssait leur puissance. « La destruction des préjugés en ce pays rend encore un grand service à la République; c’est que l’on n’y a plus peur des revenants. En conséquence, les biens des émigrés s’y vendent très bien. La première vente, qui a eu lieu le 4 de ce mois, montait, dans l’estimation, à 18,000 livres, elle a été portée par les enchères à 34,000; la seconde, qui s’est faite hier, était es¬ timée 69,000 livres, elle a été portée à 123,000 li¬ vres : Ça va et Ça ira. « Une flotte vient encore de nous arriver ici de Toulon, nous venons de prendre à son égard les mêmes mesures qu’à l’égard du vaisseau Y Apollon ; le tribunal révolutionnaire tamisera tous ceux qui, sur l’un et l’autre de ces vais¬ seaux, venaient ici, pour substanter la rage et l’ambition du scélérat Pitt. « Laignélot; Lequinio. » Proclamation (1). Laignélot et Lequinio, représentants du peuple français, aux citoyens de la Charente-Infé¬ rieure. Citoyens, Une machination perfide a failli d’anéantir votre liberté; les infâmes satellites des tyrans, les Anglais, après avoir, avec lâcheté, corrompu par l’or quelques hommes de Toulon indignes du nom de Français; après s’être emparés, par la trahison, de ce port fameux ; après avoir égorgé les patriotes de cette cité malheureuse, et fait mourir sur l’échafaud deux représentants du peuple, les Anglais avaient formé le projet d’employer les mêmes moyens, la même trahi¬ son, la même scélératesse pour s’emparer des autres ports de la France les plus importants; c’est pour cela qu’ils avaient dépêché de Tou¬ lon quatre vaisseaux, l’un pour Rochefort, un autre pour Lorient et deux pour Brest. Sous prétexte de conduire dans ces ports les marins de l’arrondissement, ces vaisseaux étaient char¬ gés d’y répandre l’esprit d’insurrection, de fé¬ déralisme, de fanatisme et de royalisme, en un mot d’agir par toutes les voies pour tromper le peuple, se rendre maîtres des principaux ar¬ senaux, et préparer les habitants à la réception des vaisseaux anglais; ceux-ci devaient ensuite y entrer, comme à Toulon, sous prétexte de principes de paix et de fraternité, y désarmer, y massacrer les patriotes et vous réduire une seconde fois sous tous les jougs humiliants que vous venez de secouer par des efforts si cou¬ rageux, et après quatre ans de lutte et de sa¬ crifices de toute espèce. La Convention nationale était prévenue de ce projet exécrable, et c’est pour cela qu’elle s’était hâtée de nous envoyer au milieu de vous avant l’arrivée de ces hommes perfides qui venaient (1) Archives nationales, carton C 278, dossier 736.