[Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. I 3x brumaire an 11 537 ) 20 novembre 1793 d’un Gouvernement corrompu et influencé par l’or de ces ambitieux insulaires, eux qui vou¬ laient usurper le titre de généreux ont la bas¬ sesse d’employer et de soudoyer la trahison et la perfidie pour parvenir à effectuer leurs détestables projets. Mais les temps sont changés, qu’ils se désabusent et qu’ils soient convaincus, non par de vaines menaces, mais par les effets terribles de la colère justement provoquée de vingt-cinq millions d’hommes, qu’on n’offense pas impunément une nation qui chérit sa gloire à l’égal de sa liberté. « Citoyens représentants, ce serait vous faire injure que de douter un instant des sentiments qui se sont élevés dans vos âmes en apprenant cette atrocité, elle n’a pu, sans doute, que réveil¬ ler l’horreur de l’outrage abominable fait récem¬ ment à la nation dans la personne de son repré¬ sentant Beauvais. Vengeance donc, législateurs, vengeance, et qu’elle soit aussi prompte qu’écla¬ tante; si les Génois sont assez lâches ou trop faibles pour la faire réparer, pour souffrir cette injure, qu’ils disparaissent avec leurs tyrans de la terre et de la liberté. « Le temps est venu où nous devons dire sans cesse et avec plus de fondement, ce que le père de l’infâme Pitt ne cessait de répéter au Parlement d’Angleterre : Deleatur Carthago. Oui, sans doute, que cette monstruosité monarchi-aristocratique, qui trompe si cruellement ce peuple aveuglé, fasse place sans tarder à la sainte et pure liberté, dont l’égalitë sera tou¬ jours la seule base. « Le comité de correspondance, « Précourt; Andrieux; Louis Plassard ; Joseph Boutet; A.-C. Philippes; J. J. Nicole. » La Société populaire de Saint-Marcellin, affli¬ gée et indignée de la barbarie et des atrocités journalières exercées par les ennemis contre nos prisonniers républicains, demande que l’on use de représailles contre les anthropophages de l’Autriche et de l’Angleterre. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (1). Le citoyen Lorgery, curé de Saint-Brice, fait part à la Convention qu’il a renoncé à toutes fonctions dites ecclésiastiques, et que cette com¬ mune a changé son nom de Saint-Brice en celui de Brice-Libre. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (2). Suit la lettre du citoyen Lorgery (3). « Saint-Brice, le quinze brumaire de l’an II de la République française, une et indivisible. « Citoyens représentants, « J’étais prêtre, depuis longtemps mes fonc¬ tions répugnaient à ma conscience, à ma fran¬ chise. « J’ai dit à mes concitoyens : « Ne voyez plus en moi qu’un citoyen, qu’un (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 340. (2) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 340. (3) Archives nationales, carton C 281, dossier 774. Français, je renonce à toute fonction dite ecclé¬ siastique. Les bons sans-culottes m’ont entendu, ils m’ont applaudi, et bientôt la raison triom¬ phera pleinement en cette commune, de la supers¬ tition et des vieux préjugés. Je renvoie toutes ces paperasses imaginées pour en imposer aux sots. Né parisien, c’est au conseil général de ma commune natale que j’adresse cette preuve de civisme et de bonne foi. « Citoyens, la commune de Saint-Brice vient d’arrêter que ce nom sera changé en celui de Brice-Libre, et ce nom lui rappellera, outre l’époque de la liberté générale de la République, l’époque particulière de son affranchissement du joug de la superstition. Citoyens, veuillez sanctionner et consacrer ce changement, et les braves sans-culottes sauront justifier ce nom. « Salut et fraternité. « Lorgery, secrétaire-greffier de la commune ci-devant Saint-Brice, département de Seine-et-Oise. » * Le conseil général de la commune de Cambrai demande que la Convention nationale déclare par une loi que, pour désigner un monstre cou¬ ronné, le mot tyran convient seul. Insertion au « Bulletin » (1). Suit la lettre du conseil général de la commune de Cambrai (2). Le conseil général de la commune de Cambrai , à la Convention nationale. « Législateurs, Les républicains français veulent éclairer, le flambeau de la vérité à la main, toutes les nations de l’Europe. « Ce n’est pas assez que nous connaissions tout l’odieux du mot roi, il faut de plus que ces mêmes peuples, pliés sous d’impitoyables scep¬ tres, foulent aux pieds les préjugés de l’erreur et de leur ignorance, et apprennent enfin que des rois ne sont que des monstres qui déchirent à belles dents l’espèce humaine. Il faut qu’ils cessent de douter que le mot roi n’est que le pivot sur lequel tournent toutes les exécrations de la tyrannie. « Législateurs, il n’est besoin pour les peuples que de les éclairer, ils auront bientôt fait disparaître et les sceptres et les trônes, déclarez par une loi expresse que le mot roi laisse une trop favorable opinion de la chose qu’il exprime. Dites par cette loi que pour désigner un monstre couronné, le mot tyran convient seul. L’aspect de cette dernière expression fera rougir les hommes subjugués, et certes ils n’auront pas plutôt conçu l’horreur d’avoir des maîtres qu’ils sauront s’en débarrasser et briser leurs chaînes avilissantes. « Fait à la séance du 9e jour du 2e mois de l’an II de la République française, une et indi¬ visible. » (Suivent 10 signatures. ) (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 340. (2) Archives nationales, carton C 281, dossier 774.