SÉANCE DU 6 VENDÉMIAIRE AN III (27 SEPTEMBRE 1794) - Nos 13-15 93 donnés, l’habitant de Saint-Quentin a fermé son cœur à vos accents, il n’est resté ouvert qu’à celui de la Patrie, l’instant même où elle commande est celui où elle est obéïe; nos concitoyens sont partis, ils ont volé chercher des lauriers qui ne peuvent flétrir, car la Liberté les a cueuillis. Voilà, citoyens représentants, l’élan du Saint-Quentinois, il n’a point étonné ses magistrats, car si dans des siècles reculés, si sous le règne de la tyrannie, l’habitant de cette commune a scu déployer un caractère vaillant contre les hordes espagnoles, que ne pouvait-il dans le siècle de la Liberté, électrisé du feu brûlant du patriotisme, c’est en se livrant à tous ce que peut inspirer l’amour de la Liberté, que nos concitoyens repoussent les traits aigus et envenimés de la calomnie; un nuage épais et empesté a balancé longtemps sur nos têtes, cette furie hideuse, elle a de son souffle impur menacé les patriotes les plus ardents, les amis les plus vrais de la Liberté, mais fermes dans leurs principes, forts de leurs vertus républicaines, les habitants de cette commune frapperont du même coup les ennemis extérieurs et intérieurs ; ne nous le dissimulons pas, citoyens représentants, le nombre de ces derniers est grand encore, l’aristocratie est une hydre, c’est en écrasant ce colosse monstrueux, cet ennemi irréconciliable de la Liberté que vous ferez disparaître toutes les factions qui tenteraient d’opprimer les patriotes. Vous avez créé la République, vous serez aussi les régénérateurs des vertus qui doivent affermir ses bases et la rendre impérissable, car la pureté est le préservatif de toute destruction, achevez ce grand ouvrage, citoyens représentants, vous assurerez le bonheur du Peuple auquel vous avez rendu ses droits primitifs, la Liberté et l’Egalité; restez donc à votre poste, sous sommes au nôtre, armés de la massue de la Liberté, nous vous aiderons à terrasser les aristocrates, les royalistes, les intrigants, les dominateurs, les factieux, s’ils tentent de relever une tête altière et audacieuse. Ces ennemis divers de la Liberté ont le même point d’attraction, ils cherchent à s’y réunir pour s’élancer contre le Peuple, l’égalité et la République, mais l’amour brûlant de la Patrie établit un téllégraphe sûr entre les Républicains; ils se signalent avec la rapidité de l’éclair les manœuvres des ennemis intérieurs ; bientôt ils s’anéantiront tous aux pieds de la Montagne qui lancera sur eux les laves volcaniques du feu de la Liberté. Nuques aîné, maire et seize autres signatures. 13 La société populaire de Saint-Quentin [Aisne] se plaint que des aristocrates, nouvellement élargis, occupent des places et remplissent des fonctions qui ne doivent être confiées qu’aux sans-culottes, aux vrais amis de la République. Renvoyé au comité de Salut public (21). 14 La Convention nationale passe à l’ordre du jour sur une pétition de la société populaire de la Sentinelle, ci-devant Saint-Jean-de-Bruel [Aveyron], ayant pour objet de faire réviser les jugemens des condamnés à mort (22). 15 La société populaire de Bruzière [ci-de-vant Saint-Côme d’Olt], département de l’Aveyron, félicite la Convention nationale d’avoir encore une fois sauvé la patrie, par le supplice de l’exécrable Robespierre, qu’elle appelle un nouveau Cromwell. Elle invite la Convention à suivre le fil du complot ourdi par ce traître. Si nos frères de Paris ne pouvaient pas, ajoute-t-elle, nous garantir le dépôt que nous lui avons confié; parlez, nos bras, notre sang, sont à la patrie (23). [La société révolutionnaire de Bruzières-du-Lot à la Convention nationale, s. d.] (24) Egalité Liberté Représentants du peuple, Placés sur un volcan inépuisable de conspirations et de crimes, d’une main hardie vous venez encore une fois de sauver la liberté publique du plus grand des dangers ; un monstre affreux à l’existence duquel sembloit lié le triomphe de la République, l’exécrable Robespierre rouloit dans son âme féroce l’infernal projet de l’asservir : Quoi ! tant de guerres entreprises! tant de sang répandu! tant de grandes actions ! Quoi ! ce projet si bien formé, si bien soutenu d’arracher le genre humain aux chaînes du despotisme, tout cela n’auroit abouti qu’à assouvir la rage ambitieuse d’un nouveau Cromwell ! Le Peuple français n’auroit scellé de son sang la chûte du trône d’un tyran, que pour recevoir un dictateur ! Quand les dieux ont souffert que Sylla se soit impunément fait dictateur dans Rome, ils y ont proscrit la liberté pour jamais. Songez à quel prix cet autre Catilina vou-loit relever un trône encore fumant du sang des patriotes, par les crimes les plus raffinés dont (21) P.V., XLVI, 115. J. Fr., n° 732. (22) P.V., XLVI, 115. (23) P.-V., XLVI, 115. Bull., 13 vend, (suppl.). (24) C 321, pl. 1350, p. 2. / 94 ARCHIVES PARLEMENTAIRES - CONVENTION NATIONALE l’histoire des tyrans anciens et modernes fournisse d’exemple. La représentation nationale égorgée, les patriotes massacrés, voilà le système affreux de combinaison politique de ce soi-disant ami de la justice et de l’humanité pour faire rentrer dans le néant une révolution que l’histoire donnera pour exemple à tous les peuples à venir. Le sang que tant de français ont versé pour affranchir leur patrie du joug de la servitude n’auroit donc servi qu’à sceller leur retour à l’esclavage et à mettre à la place d’un roi parjure et assassin, un tyran plus parjure et plus assassin encore! Représentons du peuple, le dénouement de la conspiration que votre courage vient de déjouer offrira désormais un exemple terrible mais salutaire au peuple qui vous a confié son bonheur; suivez le fil de ce vaste complot, le volcan étoit autour de vous, mais il a pu lancer des étincelles sur tous les points de la République. Que le glaive de la vengeance nationale s’arrête quand le dernier des conspirateurs n’existera plus, jusques-là frappez, si vous voulez affermir la liberté de la Patrie. Si nos frères de Paris ne pouvoient pas nous garantir le dépôt que nous leur avons confié, parlez, nos bras, nôtre sang sont à la Patrie. Les membres composant le bureau de la société, J.-B. Boscary fils, président, Veruhet, vice-président, Credon, Lestrade, secrétaires. 16 Un membre [LAKANAL] fait un rapport, au nom du comité d’instruction publique, sur le manuscrit qui fut remis hier à la Convention, par la veuve de J.-J. Rousseau : il en résulte que ce manuscrit, écrit en entier de la main de cet auteur célèbre, est une copie plus correcte et plus complète de ses Confessions qui sont imprimées avec ses autres ouvrages. Il observe au surplus que la souscription portant que ce manuscrit ne doit être ouvert qu’en 1801, n’est pas de la main de J.-J. Rousseau, qui n’auroit pas plus employé le terme de monsieur , en parlant de lui, qu’il n’employoit celui de votre serviteur , en terminant ses lettres. Il termine ainsi son rapport : Le comité a pensé que le manuscrit qu’il a lu en exécution de vos décrets pourra servir utilement, lorsqu’on préparera une nouvelle édition des Confessions de J.-J. Rousseau; mais qu’il n’offre pas des nouveautés assez importantes pour déterminer aujourd’hui l’impression de cet ouvrage. Cette proposition est adoptée (25). LAKANAL, au nom du comité d’instruction (25) P.-V., XLVI, 115-116. Bull., 6 vend. publique : Citoyens, votre comité d’instruction publique m’a chargé de vous faire le rapport que vous lui avez demandé, sur le dépôt littéraire dont la veuve de J.-J. Rousseau vous a présenté l’hommage. Ce dépôt ne renferme que le manuscrit des Confessions du philosophe genevois, mais plus correct et plus soigné que celui qui a servi à l’impression de ses œuvres. Les personnages qui, dans l’ouvrage imprimé, n’étaient désignés que par des lettres initiales, sont nommés dans ce manuscrit. Il nous a d’ailleurs présenté quelques variantes de rédaction et de pensées qui ne sont pas sans intérêt. Il semble que, si J.-J. Rousseau avait voulu qu’on respectât le vœu qu’on lui a prêté, il l’aurait exprimé de sa propre main; et cependant la suscription du dépôt littéraire dont il est question n’est pas écrite de la main de ce grand homme; elle porte : remis par M. J.-J. Rousseau; et nous observerons que Rousseau, parlant de lui, n’employa jamais le mot de monsieur, pas plus que celui de votre serviteur, en terminant ses lettres. La lecture des manuscrits de l’auteur du Contrat social et d’Emile fournit naturellement une réflexion qu’on n’a pas faite jusqu’ici dans les divers jugements qu’on a portés sur le caractère des ouvrages de ce grand homme : son premier jet dans la composition est toujours une pensée ingénieuse, mais il l’efface ensuite pour y substituer le sentiment. Dans toutes les ratures de ses ouvrages, le langage du cœur est substitué à celui de l’esprit. Il n’est pas douteux, d’après les renseignements parvenus à votre comité, qu’il n’existe dans des portefeuilles particuliers des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau, qui n’ont pas encore éclairé l’Europe. Nous avons lieu de croire que les dépositaires de ces ouvrages précieux n’en frustreront pas plus longtemps leur pays. L’art de jouir de ces trésors c’est de les répandre à propos, et c’est aux Français régénérés qu’il appartient surtout de posséder les ouvrages du philosophe qui a amené la révolution de la liberté. Le comité a pensé que le manuscrit qu’il a lu, en exécution de votre décret, pourra servir utilement, lorsqu’on préparera une nouvelle édition des Confessions de J.-J. Rousseau, mais qu’il n’offre pas de nouveautés assez importantes pour déterminer aujourd’hui l’impression de cet ouvrage (26). 17 La Convention renvoie à son comité de Salut public, sans en entendre la lecture, (26) Moniteur, XXII, 83; Débats, n° 736, 75-76. Mention dans Ann. Patr., n° 635; Ann. R. F., n° 6; C. Eg., n” 770; F. de la Républ., n" 7; Gazette Fr., n“ 1000; J. Fr., n° 732; J. Mont., n” 153; J. Perlet, n“ 734; J. Paris, n° 7; Mess. Soir, n° 770; M. U., XLIV, 89; Rép., n° 7.