[Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. I 23 brumaire an II 139 Bains qui est depuis cinq mois à votre comité de sûreté générale. « Cakion, maire et député de la commune d’Issy. « Paris, 23 brumaire de l’an II de la Répu¬ blique française, une et indivisible. » Le citoyen Gibey, curé de Perrigny (1), dis¬ trict de Tonnerre, vient aussi répudier un titre que la raison d’un peuple libre ne peut admettre. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (2). Suit V abjuration du citoyen Gibey (3) : Edme Gibey, curé de Perrigny, district de Ton¬ nerre, département de V Yonne, envoyé de la société populaire de Montbard, à la Convention nationale. « Paris, 23 brumaire de l’an II de la République française, une et indivi¬ sible. « Citoyens représentants du peuple, « Entraîné par une autorité à laquelle je n’ai pas su résister dans ma jeunesse, faute d’expé¬ rience et de lumières, victime en un mot du despotisme paternel, j’ai courbé la tête sous le joug avilissant du sacerdoce. Éclairé par l’âge, la raison et la philosophie, je me suis bientôt aperçu que cet état violait en moi les droits et les principes naturels, mais, sous un régime des¬ potique, sous l’atroce gouvernement des rois et des évêques, ces liens étaient de feu. « Grâces immortelles te soient rendues, Mon¬ tagne à jamais célèbre, tu les as enfin rompus ces liens honteux et pesants, en confondant les rois féroces et tous leurs vils satellites, en, éteignant la torche du fanatisme : acceptes aujourd’hui l’hommage de ma reconnaissance; bientôt tous les peuples éclairés et libres par tes soins, te béniront à leur tour. Permets qu’en ta présence et dans le sanctuaire de la liberté, je renonce à une profession qui dégrade l’homme ; permets que devant toi je prenne l’engage¬ ment solennel de n’enseigner à mes semblables que l’amour de la patrie, l’obéissance aux lois, le culte de la raison et de la liberté. « Gibey, ci-devant curé de Perrigny. » Des députations de la commune du vieux Cor-beil (4), de la commune et de la Société populaire de Thiais, de la commune de Gennevilliers, dis¬ trict de Franciade; de celle, de Chantilly (Châ-tillon), district du bourg l’Égalité; de la com¬ mune de Jagny et celle de la Ferté-Alais, district d’Etampes; de la commune d’Hier (d’Yerres), canton de Brunoy, de la commune de Fontenay-sous-Bois, viennent successivement offrir à la Convention le spectacle intéressant d’hommes régénérés qui, ne croyant plus aux jongleries sacerdotales, ont brisé les idoles vermoulues de ( 1 ) Perrigny-sur-Armahçon. (2) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 196. (3) Archives nationales, carton G 280, dossier 770. (4) Aujourd’hui Saint-Germain-lès-Corbeil. la superstition : ils amènent avec eux leurs anciens pasteurs, qui abjurent les momeries sa¬ crées dont ils étaient les instruments. Les signes et décorations, la liturgie romaine servent d’aî-fublement pittoresque; les individus de tout âge et de tout sexe formant les diverses députations, s’étaient fait un divertissement de se revêtir de ces guenilles mystiques, pour les jeter ensuite avec mépris au pied du bureau; ils y joignent les métaux précieux qui meublaient leurs églises pour en imposer aux simples, et qui seront mieux employés en servant à terrasser les tyrans. La Convention reçoit avec enthousiasme les trophées de la philosophie et de la raison; elle en décrète la mention honorable et l’insertion au « Bulletin » (1), ( Suivent divers documents se rapportant à ces manifestations . ) I. Discours de la municipalité et de la Société populaire de Thiais (2). Représentants, La municipalité et la société populaire de Thiais, département de Paris, vous annonce que leur commune est entièrement guérie du mal fanatique et de la superstition et, à cet effet, elle offre à la patrie tout ce qui servait à leur église en argenterie, cuivre et ornements. L’argent servira à faire de la monnaie pour payer les défenseurs de la République, les orne¬ ments à leur faire des doublures de vêtements, et le cuivre servira à faire des canons qui lan¬ ceront la foudre sur les troupeaux d’esclaves aveuglés qui, sous les ordres des tyrans coa¬ lisés, veulent nous ravir notre liberté, mais leurs entreprises ne serviront qu’à les couvrir de honte, car, dans peu, leurs trônes serviront de marchepied à la sans-culotterie, et ils font contre nous les derniers efforts de la tyrannie aux abois, car bientôt les peuples fixeront sur nous leurs regards. Comme nous, ils s’armeront de la foudre; comme nous, ils briseront les couronnes, et leurs abominables suppôts, et la liberté triomphante n’aura plus que le monde entier pour écho. Oui, son triomphe est certain, tandis que nos armées terrassent les machines mouvantes des rois, nous nous occupons, à votre exemple, à démasquer les traîtres qui, sous des dehors trompeurs et un républicanisme affecté, subti¬ lisent la confiance des hommes de bonne foi afin de les réenchaîner de nouveau, et les offrir en holocauste aux brigands armés contre nous. Leur cœur est un arsenal de crimes et de contre-révolution, c’est le rendez-vous des mé¬ ditations perfides que la rage leur fait enfanter, mais nous sommes à leur poursuite et le peuple éclairé sur leur compte saura distinguer quels sont vraiment ses amis, et qui veulent de bonne foi son bonheur, et pour récompense sa félicité. L’heure de la raison est sonnée, son flambeau a pénétré à travers le nuage épais du fanatisme et de la royauté qui, tous deux, ont fait les (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 197. (2) Archives nationales, carton C 280, dossier 770, 140 malheurs du genre humain. Mais ce temps d’erreurs est passé, la lumière nous est apparue et nous ne l’abandonnerons que pour descendre au tombeau. Nous ne reconnaissons pour évan¬ gile que la Constitution républicaine, pour culte, la liberté, et pour frères, les vrais répu¬ blicains. Nous vous invitons aussi, représen¬ tants, à rester à votre poste jusqu’à ce que la patrie soit sauvée, vous qui avez formé cette constitution, qui sera l’arrêt de mort des tyrans. Mais, nous vous le répétons, ne nous abandon¬ nez pas sans l’avoir affermie, et vous aurez encore bien mérité de la patrie. II. Discours prononcé par le maire de la commune de Gennevilliers (1). De la commune de Gennevilliers, district de Franciade, département de Paris. Citoyen Président, Je ne suis pas orateur, je ne vous ferai pas de belles phrases, mais je vous parlerai avec sin¬ cérité et franchise. Je viens, au nom de toute la commune de Gennevilliers, vous apporter, dans le sanctuaire des lois, les instruments du fanatisme et les décorations royalistes qui ser¬ vaient d’ornement aux despotes. Nous sommes persuadés, citoyen, que la valeur de toutes ces matières sont plus à propos d’être converties en canons, en fusils et en piques, car nous en avons actuellement plus besoin pour combattre, que des chapelets et des reliques, contre les tyrans coalisés qui voudraient anéantir une république qui n’a pour but que le bonheur d’un peuple qui veut sa liberté, l’égalité et l’indivisibilité; de cette même république dont nous avons fait le serment de la maintenir, et nous sommes tous dans la ferme résolution de répandre plutôt notre sang que de faire un par¬ jure comme le tyran. Terlet, maire. III. Discours de la députation de la commune de Jagny et documents y joints (2). Comité de surveillance, section des Amis de la patrie. Paris, le 23e jour de brumaire, an II de la République, une et indivisible. Nous, commissaires du comité de surveillance, donnons pouvoir aux citoyens Mothrée et Yuable, membres dudit comité, d’accompagner à la barre de la Convention nationale, les citoyens de Jagny et Mareil (3), ayant été chargés par le comité de sûreté générale de la levée des scellés apposés audit Jagny. Les membres soussignés. Gilliard, commissaire; Ferrand, commis¬ saire ; Lemaire, commissaire ; Bellement, commissaire ; Duet, secrétaire-greffier. (1) Archives nationales, carton C 278, dossier 741. (2) Archives nationales, carton C 280, dossier 770. (3)_Mareil-en-France. | 23 brumaire an II { 13 novembre 1793 « Citoyens représentants (1), « Depuis la Révolution, la commune de Jagny n’a cessé de combattre l’aristocratie des ci-devant nobles et leurs agents; la liberté est gravée dans leur cœur en traits ineffaçables, jamais Roland ni aucune faction n’a souille leur sol. Purs comme l’air, ils n’ont cessé d’adresser des vœux à l’Etre suprême pour l’anéantissement de tous les ennemis du bon¬ heur de l’espèce humaine; ils ont reçu avec transport toutes les lois émanées de la sainte Montagne, et applaudissent au courage hé¬ roïque qu’elle a montré en livrant au glaive de la loi les assassins politiques de la Révolution. « Le district de Gonesse est venu demander la radiation de la mention honorable que les habitants de Jagny avaient obtenue à la Con¬ vention nationale dans sa séance du 9 brumaire. « Législateurs, nous n’occuperons pas vos moments précieux en repoussant les calomnies de ce district, nous dirons seulement à la Con¬ vention nationale que des habitants de Jagny ont envoyé au citoyen Pache, maire de Paris, au citoyen Cailleux, administrateur de police, et au ministre de l’intérieur, leurs opinions sur les subsistances qui suffisent pour anéantir les diatribes lancées contre la municipalité par le district de Gonesse, qui a toujours favorisé l’égoïsme et le modérantisme « Représentants, nous vous déclarons que le crime de la commune de Jagny et de la citoyenne Pruneau cités dans la pétition de ce district, est d’avoir poursuivi avec un acharnement révo¬ lutionnaire les prêtres et les fermiers qui ont manifesté des opinions contraires à la liberté et à l’égalité. Nous avons le courage de vous dire que la religion des représentants, composant votre comité de sûreté générale a été surprise par Maillard, homme proscrit par sa section; 10 habitants de cette commune ont été incar¬ cérés, et ce ne peut être que par les insinuations perfides de ce district coalisé avec Maillard et autres agents, qu’on leur a ravi leur liberté. Justice leur a été rendue, les détenus ont été relaxés, et en âmes généreuses ils bénissent même la main qui les a frappés. « Cette commune vous apporte les restes hon¬ teux de l’idolâtrie et du fanatisme; elle ne veut plus de prêtres, et les saints qu’elle adore sont les martyrs de la liberté : Le Peletier, Marat, et ceux qui sont morts pour sa défense. « Elle réitère sa demande à la Convention pour qu’il lui soit accordé le presbytère de son curé en état d’arrestation, pour l’assemblée de la maison commune, du greffe, de l’école, du corps de garde, et les confessionnaux serviront de guérites. « Législateurs, les patriotes de Mareil se plaignent d’une assemblée de 15 aristocrates qui a destitué le procureur syndic pour avoir dénoncé Thibault, accapareur de grains et pour s’être lié aux plus chauds patriotes de Jagny. Nous demandons sa réinstallation, et nous nous réunissons tous pour inviter la Con¬ vention de rester à son poste jusqu’à la destruc¬ tion totale de tous les scélérats qui ont osé s’éle¬ ver contre la volonté du souverain. « Qu’elle veuille bien s’occuper de l’organisa¬ tion définitive de l’éducation nationale; que toutes les lois soient envoyées directement dans {Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. (1) Archives nationales, carton C 280, dossier 770.