198 ARCHIVES PARLEMENTAIRES - CONVENTION NATIONALE surveillance nous garantiront de leurs projets ultérieurs, s’ils étoient encore assés téméraires pour en former, et nous nous en tenons là... Nous sommes soulagés, représentans, nous respirons à notre aise. Après un an de cruauté et de souffrance, Boisset, le brave Boisset est venu mettre fin à nos maux. Il a été notre libérateur, il nous a rétablis dans tous nos droits, et nous jurons de les maintenir en résistant à toutes sortes d’oppression. La triste expérience du passé nous servira de leçon étemelle pour l’avenir, et les tyrans ne nous subjugueront plus. Oui, représentans, votre digne collègue Boisset, en remplissant la mission dont vous l’avés chargé pour notre bonheur et ne professant que vos principes, a ramené la tranquilité et la joie dans notre district : il a renouvellé, à notre satisfaction, toutes nos autorités constituées, excepté la municipalité, qui méritoit d’être conservée : il a vuidé nos prisons de ceux que des vengeances particulières avoient fait remplir; il a rendu des bras à l’agriculture, des bons pères de famille à leurs enfans désolés. En un mot, il a contenté jusqu’à ceux qui sont restés dans la maison de réclusion, en leur donnant les douceurs et les secours qui sont dus à l’humanité. Il peut bien se faire que dans le nombre des élargis il se trouve des insoussians ; mais outre qu’ils doivent être corrigés par une longue détention, et que nous sommes là pour les surveiller, et qu’un seul homme suspect aura toujours cent argus à ses trousses. Ils ne peuvent donc plus être à craindre ; qu’ils lèvent la tête tant qu’ils voudront, ils ne la feront jamais baisser aux véritables républicains, et leurs regards ne pourront être redoutés que par ceux qui leur auront fait des injustices. L’intrigue de ce département a croassé contre Boisset à la tribune des Jacobins; on s’est permis d’y dire qu’il ne s’entouroit que de nobles et de fédéralistes. Quelle imposture ! Ah si jamais les représentans envoyés parmi nous ne s’étoient entourés que de citoyens aussi purs que ceux qui accompagnoient Boisset, nous n’aurions pas à déplorer nos maux. La vérité est qu’il n’avoit avec lui dans notre commune qu’un administrateur du département, l’agent national du district de Bourg, et deux secrétaires, qui tous n’eurent d’autre noblesse que celle des sentimens civiques qui les caractérisent. Ces adresses, ces déclamations toutes ressemblantes, que l’on n’oze pas vous adresser directement ne sont que l’ouvrage de l’intrigue désespérée ; partout et dans les sociétés surtout, il s’était glissé des meneurs qui, la vertu à la bouche et le crime dans le cœur, s’emparoient des tribunes et parloient seuls, au nom des sociétés, dans le sens qui leur convenoit. Ce sont ces êtres fangeux qui sortent de leur repaire pour avilir les représentans et leurs opérations ; ce sont eux qui crient à l’aristocratie libre, les uns pour détourner les regards fixés sur eux, les autres pour rescuciter le règne de sang et de brigandages qui faisoit tout leur espoir. Mais les intriguants dans notre district sont dispersés ou en fuite, et ils ne gagneraient rien à reparaître dans la société qui s’est épurée. Nous les connoissons tous; et nous nous méfions à présent de ces sortes de gens qui, avec les dehors du patriotisme, nous faisoient toujours leurs dupes. Continués, représentans, à baser la République sur un gouvernement juste et vertueux ; c’est le seul que craigne le crime, le seul qui soit solide, le seul que puissent aimer les Français. Que les criailleries, les plaintes vagues et insignifiantes d’une poignée d’intriguants, qui se servent d’échos les uns aux autres dans tous les points de la République, ne fasse pas diversion à votre marche qui les terrifie. Continués à mépriser les alarmes factices, en vous reposant sur la masse du peuple qui veille partout; vous anéantirés par ce moyen jusqu’au dernier rejeton du tyran que vous avés renversé; et vous saurés que, si ce monstre ne s’étudia pendant une année qu’à vous faire des ennemis, vous avés regagné tous les cœurs dans un mois. Achevez notre bonheur, et vous reviendrez vous délasser d’une pénible carrière au milieu d’un peuple d’amis, qui ne cessera de vous combler de bénédictions. Vive la République! vive la Convention! Chasset, maire et deux pages de signatures. 17 La société populaire et les citoyens de la commune d’Evreux [Eure] témoignent leur indignation de ce qu’ils ont été calomniés à la barre de la Convention nationale par une poignée d’hommes impurs, partisans de la tyrannie, et qui sont désespérés de voir la justice et l’humanité succéder à la terreur depuis l’anéantissement du vautour qui dévoroit sa patrie. L’aménité, la franchise et la fraternité, régnent parmi nous, disent ces républicains; nous exécutons les lois qui émanent de votre justice et de votre bienfaisance, pour le bonheur commun ; nous foulons aux pieds les adresses perfides et spécieuses des Catilina modernes qui voudroient rétablir le règne du brigandage; nous voulons la République une et indivisible : si de nouvelles factions vouloient encore l’opprimer, parlez, mandataires incorruptibles, nous sommes debout. L’aristocratie ne lève point une tête altière dans notre commune ; nous sommes là pour la terrasser; nous avons réclamé et obtenu la liberté des victimes d’une faction tyrannique et oppressive; la justice nationale a par ce trait de bienfaisance, acquis des droits immortels à notre amour : tenez-vous en garde contre cette affluence de dénonciations vagues et perfides que quelques hommes coupables ourdissent dans leur agonie; il n'existe que deux espèces d’hommes dans le patriote et le SÉANCE DU 10 VENDÉMIAIRE AN III (1er OCTOBRE 1794) - N° 18 199 contre-révolutionnaire : elle termine par demander l’envoi d’un représentant du peuple sur les lieux pour vérifier les faits. Mention honorable, insertion au bulletin, et renvoi au comité de Sûreté générale (32). [La société populaire de la commune d’Evreux et ses habitans à la Convention nationale, s.d.] (33) La malveillance, la calomnie et l’intrigue ont juré la perte de la commune d’Evreux; elles voudraient encore secouer les flambeaux de la discorde; mais la presque unanimité de cette commune, trop de fois victime des factions tyranniques, est en ce moment en garde contre les restes meurtriers du monstre hideux que vous avez énergiquement terrassé. La société populaire et la commune d’Evreux ont été dénoncées à la barre de la Convention nationale par une poignée d’hommes impurs qui, foulant aux pieds par ignorance et par passion les devoirs précieux qu’ils ont à remplir, en ont fait un abus répréhensible pour avilir auprès de la Convention nationale les hommes purs, calmes et paisibles qu’ils ne peuvent plus tyranniser depuis que la justice sévère et l’humanité ont succédé à l’odieuse terreur. La commune d’Evreux toute entière et la société populaire, vivement indignées des atroces calomnies qu’on a répandues contre elles dans cette dénonciation aussi fausse que méchante, vont répondre par un énoncé naïf et vrai de la situation politique et morale de cette commune ; c’est par un tel développement que nous voulons fixer à jamais l’opinion publique, et surtout celle de la Convention nationale, sur les calomnies ourdies par le virus infect du monstre qui n’est plus. Les républicains de la commune d’Evreux ont juré de ne reconnoître pour point central que la seule Convention nationale. Nous voulons la République une et indivisible. Le sang qui circule dans nos veines est tout à la patrie ; et si de nouvelles factions vouloient encore l’opprimer, parlez, mandataires incorruptibles, nous sommes debout. Nous exécutons les lois qui émanent de votre justice et de votre bienfaisance pour le bonheur commun ; nous foulons aux pieds les adresses perfides et spécieuses des Catilina modernes qui voudraient rétablir le règne de la terreur. Depuis longtems nous ne connoissons plus les préjugés gothiques et barbares du régime féodal et fanatique ; nous célébrons les décadis et les fêtes républicaines avec l’enthousiasme qu’elles doivent inspirer à des hommes libres (32) P.V., XLVI, 207-208. Ann. Pair., n" 639; Ann. R. F., n° 10; C. Eg., n 774; Gazette Fr., n" 1004; J. Fr., n° 736; J. Mont., n' 155; M. U., XLIV, 155. (33) Bull., 10 vend. ; Débats, n” 741, 141-143; M. U., XLIV, 177-179. comprimés depuis longtems par la terreur. Nous avons ressenti, avec cet ardent sentiment de la reconnoissance, les effets heureux du caractère imposant que vous avez déployé depuis les mémorables journées des 9 et 10 thermidor. Nous avons gémi, avec les vrais républicains, sur l’assassinat de Tallien, et nos sentimens à ce sujet vous ont été adressés. Inviolablement attachés à vos principes, nous avons donné l’essor à nos sentimens justes et humains ; nous avons réclamé la liberté des malheureuses victimes d’une faction tyrannique et oppressive; on a fait droit à nos vives et justes sollicitudes : la justice nationale a, par ce trait de bienfaisance, acquis des droits immortels à notre amour et à notre reconnoissance. L’aristocratie ne lève point une tête altière dans notre commune ; nous sommes là pour la terrasser ; l’homme libre ne l’aborde que la massue en mains. La tranquillité, la concorde et l’union la plus parfaite régnent parmi nous. Ceux là seuls ont la passion de nous désunir, qui se plaignent du contraire. Tenez-vous en garde, citoyens représentans, contre cette affluence de dénonciations vagues et perfides que quelques hommes coupables ourdissent dans leur agonie : le méchant regrette la vie, c’est le terme de ses forfaits; tenez-vous en garde contre ces hommes féroces qui, par un abus condamnable des mots usités de patriotisme, aristocratie, fédéralisme et modérantisme, voudraient, par leur canal, produire cette nouvelle confusion qui ressusciterait encore le règne sanguinaire de l’intrigue et de la terreur. Il n’existe que deux espèces d’hommes dans la République : le patriote et le contre-révolutionnaire ; c’est-à-dire, celui qui, n’aimant pas la chose, cherche à la faire abhorrer ; le premier est ce que nous jurons à la Convention nationale d’être jusqu’à la mort ; le second est le monstre qui n’existera jamais parmi nous. Voilà, citoyens représentans, le contraste fidèle du tableau imposteur qui a paru à votre auguste barre; calculez le nombre de signataires, vous verrez d’un côté une poignée de calomniateurs, de l'autre une multitude d’hommes libres qui viennent de vous parler avec cette énergie que vous seuls savez inspirer. Vive la République! vive la Convention nationale! Plus de terreur, justice sévère! plus d’intrigans, gouvernement révolutionnaire et liberté de la presse! 18 La société populaire de Passy-les-Paris [département de Paris] écrit à la Convention nationale : Des actes de malveillance se manifestent et semblent menacer la liberté; à cette nouvelle si douloureuse, nous répondons par le qui vive des vrais enfans de la patrie, par le cri de réunion de tous les bons citoyens, vive la Convention nationale.