[Convention nationale*] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. Stamirawan-Ii 663 (23 novembre 1799 CONVENTION NATIONALE Séance du 3 frimaire, l’an II de la République française, une et indivisible. (Samedi 23 novembre 1793.) La séance est ouverte à 10 heures (1). Un secrétaire fait lecture du procès-verbal de la séance du 27 brumaire; il est adopté (2). La municipalité révolutionnaire de Lorient félicite la Convention sur ses travaux et les me¬ sures vigoureuses qu’elle a prises. Insertion au « Bulletin » (3). Suit l'adresse de la municipalité révolutionnaire de Lorient (4). La municipalité révolutionnaire de la ville de Lorient, à la Convention nationale. « Lorient, ville montagnarde, le 8e jour de la 2e décade du 2e mois de l’an II de la République française, une et indivisible. « Législateurs, « L’aristocratie mercantile est terrassée, l’es¬ prit public régénéré et le sans-culottisme, trop longtemps avili, est enfin vengé en cette ville. « Le peuple, éclairé sur ses vrais intérêts par les dignes représentants qui ont paru dans nos murs, a choisi des magistrats sans-culottes qui répondront à sa confiance ou périront pour l’exécution des lois : nous l’avons juré, et de vrais républicains ne le font jamais en vain. « L’ami du peuple est l’objet de notre véné¬ ration, comme de nos regrets, ses principes font notre morale, et la Montagne fait notre béatitude. « Oui, Montagne sainte, toi seule as fait notre bonheur, toi seule as sauvé la République et consolidé la liberté en lançant de ton sein ces foudres salutaires qui ont écrasé l’hydre du fédéralisme et de la tyrannie, ravivé l’esprit public et assuré à jamais le seul règne supporta¬ ble aux Français, celui de la liberté et de l’éga¬ lité. « Courage', braves Montagnards, le temps de la clémence est passé; que la terreur soit donc continuellement à l’ordre au jour; que qui¬ conque ne voudra pas applaudir sincèrement à la volonté générale, c’est-à-dire ne sera pas vrai républicain, quitte le sol de la liberté qu’il profane, ou que, portant sa tête sur l’échafaud, il y rende hommage à la souveraineté nationale qu’il méconnaît. (!) Procès-verbaux de la Convention, t. 26, p. 48. (2) Ibid. (3) Ibid. (4) Archives nationales, carton C 284, dossier 819. « Pour nous, enfants de la Montagne, nous coopérerons à ses glorieux travaux par tous les moyens en notre pouvoir; nous poursuivrons l’aristocratie jusque dans ses repaires les plus secrets, et si nous ne pouvons atteindre les êtres vils qui en font leur idole, au moins nous leur en imposerons et les réduirons à nullité par notre contenance fiêre et digne de l’homme libre. « Guerre à mort aux tyrans du dehors, aux conspirateurs et aux modérés de toutes les espèces du dedans, secours, protection et ins¬ truction aux malheureux et aux opprimés, s’il en existe encore; tels sont les sentiments que nous a inspirés la sainte Montagne et qui nous animeront jusqu’à la mort. » (Suivent 22 signatures.) La municipalité de Fuiseaux, département du Loiret, adresse à la Convention nationale le pro¬ cès-verbal de la fête civique qui a eu liou dans ses murs le 20 brumaire, à l’occasion du brûle¬ ment des titres de féodalité; le même procès-verbal contient le vœu du canton, réuni à cette fête, pour que la Convention nationale reste à son poste. Insertion au « Bulletin » (1). Suit la lettre de la municipalité de Fuiseaux (2). La municipalité de Fuiseaux, chef -lieu de canton du district de Pithiviers, département du Loiret. au citoyen Président de la Convention, natio¬ nale. « Puiseaux, le 26 brumaire, an II de la-République, une et indivisible. « Citoyen Président, « Nous envoyons à la Convention nationale et vous trouverez ci-jointe une croix de Saint-Louis qui nous a été remise par le citoyen Le¬ comte, avec le brevet. Nous y ajoutons le pro¬ cès-verbal qui constate cette remise. « Nous vous envoyons aussi le procès-ver¬ bal de la fête civique qui a eu lieu dans nos murs le 20 du courant à l’occasion du brûlement des titres relatifs à la féodalité. « Ge procès-verbal contient le voeu des ci¬ toyens du canton réunis à cette fête. Nous vous l’exprimons en particulier, en priant la Con¬ vention nationale [de rester à son poste] jusqu’à la défaite de nos ennemis. - Hgfsj g « Devilliers, maire; Miger, procureur de la commune. » Extrait du registre des délibérations de la muni¬ cipalité de Puiseaux (3). n l§f Séance du 2e jour de la lre décade du 2e mois, l’an II de la République, une et indivisible. En présence du citoyen Leperche, envoyé de Rassemblée primaire du canton. (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 26, p. 48. (2) Archives nationales, carton C 284, dossier 819. (3) Ibid. 664 [Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES, j ”93 Le citoyen Remy-Louis Lecomte, domicilié en cette ville, se présente et dit : « Citoyens, « Je viens déposer en vos mains la croix de Saint-Louis dont j’étais ci-devant décoré, avec le brevet qui m’avait été donné. Tant que cette décoration n’attestait que mes services, je l’ai portée sans rougir, mais puisque cette marque est contraire à l’égalité, j’y renonce sans regret. » Pour copie conforme : « Devilliers, maire; Chevillard, secré¬ taire-greffier. Procès-verbal de la fête civique (1). Aujourd’hui, vingt brumaire de l’an deux de la République une et indivisible, en consé¬ quence de l’arrêté du conseil général de la com¬ mune de Puiseaux, chef-lieu de canton, district de Pithiviers, département du Loiret, du sept du présent mois, portant que le brûlement des titres relatifs aux droits féodaux aurait lieu ce jour-d’hui, et qu’il y aurait, à cette occasion, une fête civique. Les membres du conseil général se sont réunis à la maison commune sur les dix heures du matin, et, de concert avec les commissaires de la Société populaire de cet endroit, ont arrêté l’ordre suivant : Art. 1er. « Le brûlement se fera sur la principale place vis-à-vis la halle. Art. 2. « Les papiers déposés au secrétariat de la municipalité pour être brûlés seront traînés dans un tombereau. Art. 3. « Le maire, le commandant de la garde natio¬ nale et le président de la Société populaire sui¬ vront immédiatement. Art. 4. « Les autres membres des autorités consti¬ tuées, les maires et officiers municipaux des communes du canton, invités à cette fête, les membres de la Société populaire et ceux des autres Sociétés, envoyés par députation, mar¬ cheront en groupe et sans distinction. Art. 5. « La marche sera précédée et terminée par les volontaires de la première réquisition, sous les armes. Art. 6 et dernier. « On se réunira dans la salle de l’ Hôtel-Dieu, à l’heure de midi. » Cet ordre, à l’instant, a été distribué et affiché. (1) Archives nationales, carton G 284, dossier 819. A l’heure de midi, tous les membres du con* seil général se sont rendus à l’ Hôtel-Dieu, où la Société populaire tient ses séances. La Société populaire, les députations des Sociétés populaires de Boynes, Boësse et La-neuville, et les municipalités des communes du canton étaient déjà réunies, ainsi que les citoyens de la première réquisition. Les députations des Sociétés populaires d’Or¬ léans et de Pithiviers n’étaient point arrivées, on a pensé que la pluie du matin pouvait avoir retardé leur arrivée : on décide qu’il faut les attendre. Quelques moments après on annonce la députation de la Société d’Orléans. Les ci¬ toyens Laguette et Bellet entrent au même ins¬ tant et sont reçus aux cris répétés de Vive la République ! vive la Convention nationale ! vive la Montagne ! vivent les sans-culottes d'Orléans. On attend encore la députation de la Société de Pithiviers; à 2 heures on perd l’espoir de les voir et on part à regret. L’ordre se forme, et on marche vers la place du brûlement, aux cris mille fois répétés de Vive la République, vive la Convention natio¬ nale ! vive la Montagne ! Arrivés à l’endroit marqué, on se range autour d’une pyramide de fagots, et on y jette les titres féodaux. Les mêmes cris se répètent et se succèdent longtemps. Le procureur de la commune obtient la parole et dit : « Citoyens, « La liberté du peuple français était incom¬ patible avec le régime féodal établi dans les siècles reculés de l’anarchie, de la barbarie et de l’esclavage. « Ce système odieux et tyrannique, respecté pendant plus de quatorze cents ans, ne tirait sa force que de la patience et de la faiblesse du peuple. « Attaqué de toutes parts, ce colosse hideux ne pouvait résister longtemps aux coups d’un peuple qui a arraché des mains du dernier de ses tyrans le sceptre de sa puissance usurpée. « Que les autres peuples de l’Europe appren¬ nent qu’en un instant tous les préjugés poli¬ tiques et religieux qui courbaient notre âme vers la terre, que ces institutions de l’orgueil et de l’ambition, qu’une race de reptiles avait accueillies et caressées, que ces offensantes variétés de conditions, noblesse, armoiries, dignités, rangs, préséances, grandeurs, enfants du délire et de la vanité, oui, toutes ces chimères de la superstition ont fait place à la liberté et à l’égalité, si longtemps ensevelies sous les ruines du temple de la raison. « Maintenant le sol de la France est aussi libre que les hommes qui l’habitent. Ces restes impurs de la féodalité, baux à cens, terriers, tous ces titres arrachés à la timidité du peuple vont être dévorés par les flammes. « Citoyens, bénissons à jamais la Révolution qui a brisé nos chaînes; affermissons notre li¬ berté sur les débris encore fumants du despo¬ tisme. « Et vous, jeunes guerriers, appelés à la défense de la patrie, et qu’une ardeur républi¬ caine anime, c’est entre vos mains que la France remet ses destinées ; allez combattre ces mons¬ tres coalisés contre nous, et ne posez les armes