330 (jConteiitien nationale.] ;ÀRCBT¥iS �âfeKEMËNTMRES. j � Lettre du citoyen Lefebvre, ex-genovéfam (1). « Paris, le quartidi 24 brumaire, l’an II de la République française. « Citoyens représentants de la République française, « Je remets entre vos mains des titres qui ne m’ont été d’aucune utilité depuis quatre ans, puisque, depuis le mois de novembre 1789, je n’ai exercé aucune fonction ecclésiastique quel¬ conque, et qui m’étaient devenus absolument inutiles pour l’avenir, puisque j’avais pris, dès cette époque, la ferme résolution de n’en exercer aucune. « En embrassant, dans ma jeunesse, c’est-à-dire avant que ma raison et mon cœur fussent formés, un état que je ne connaissais pas, je ne me suis nui qu’à moi-même, puisque, n’ayant jamais ni prêché, ni confessé, ni administré, quoique ces questions fussent de l’essence de cet état, je n’ai pu tromper personne. « Agé de 50 ans, je ne me suis pas marié, mais peut-être regarderez -vous que j’ai fait un acte équivalent en m’établissant le .père, dès l’ins¬ tant que mes chaînes ont été rompues, de quatre orphelins de père et de mère, trois neveux et une nièce, restés sans ressources quelconques pour subsister, n’en ayant d’autre moi-même que celle que je peux me procurer -par mon travail journalier et ma modique pension. Je remplis donc les devoirs de la paternité sans en avoir les douceurs. « Deux de ces orphelins, l’un âgé de 19 ans 1 /2, l’autre de 18 ans, servent depuis quelque temps dans les armées de la République; le troisième, trop jeune, est en apprentissage et n’attend que le moment de suivre l’exemple de ses frères. Enfin ma nièce, la moins âgée des quatre, vit auprès de moi. Je partage avec elle le produit de mes travaux; je suis son éducation, qui n’a d’autre objet que de lui inspirer l’amour de la patrie, les vertus et les qualités de son sexe. « Permettez -moi d’ajouter que, quoique forcé de travailler beaucoup pour me procurer ma subsistance et faire face aux dépenses que je me suis imposées, je ne m’en suis pas moins occupé de la chose publique. Je vous en ai donné, il y a peu de temps, une preuve; je vous ai présenté un manuscrit considérable sur la navigation intérieure, le dessèchement des marais et le dé¬ frichement des terres incultes de la République. Vous avez daigné accueillir cet ouvrage de la manière la plus flatteuse pour moi, en ordonnant par votre décret du 3 août dernier, la men¬ tion de cet hommage dans le procès-verbal et l’insertion au Bulletin (2). Je ne me le suis point dissimulé, ce n’a pas été au mérite de l’ouvrage que j’ai été redevable de cette marque honorable de distinction, puisque son titre seul vous était alors connu, mais à mon désintéressement, à mon zèle pour la chose publique et aux senti¬ ments exprimés dans ma pétition. Elle était ainsi terminée : « Législateurs, il ne manque aux couronnes « immortelles que vous vous êtes tressées par fl) Archives nationales, carton F1'* 835, dossier Lefebvre. (2) Voy. ce décret , Archives ,-partemmiuires, lre sé¬ rie, t. 78, séance du 3 août 1793, p. 146. « vos travaux assidus et glorieux que cette « branche de laurier. Puissent les soins recher - « chés avec lesquels je l’ai cultivée la rendre « digne d’être associée à celles déjà placées sur « vos fronts républicains ! Puisse la précieuse « communication que les canaux navigables « établiront entre les citoyens, pour leurs inté-« rêts réciproques, les unir plus étroitement « d’esprit et de cœur et les rallier tous sous le « même étendard, celui sur lequel est gravé en « caractères ineffaçables : Unité, indivisibilité « de la �République , liberté, égalité, fraternité ou « la mort ! » « J’ajouterai aujourd’hui : Puissent ma con¬ duite et mes sentiments me mériter de nouveau vos suffrages et une nouvelle marque de bien¬ veillance de votre part. » « Salut cordial et fraternel. « Lefebvre, ex-génovéfain, rue des Fossés - Saint-Victor, n° 12. » Lettre du citoyen Clément, curé de Champfleury (lj. « Citoyen Président, « Depuis longtemps j’aspirais au bonheur de pénétrer dans l’auguste sanctuaire de la Raison, et de loin j’admirais les travaux de l’assemblée des sages de la France, qui ont brisé les chaînes dont les êtres qui l’habitent ont été chargés pendant des siècles, et qui, d’esclaves qu’ils étaient, en un instant en ont fait des hommes. « Asservi par les volontés paternelles, je fus obligé, à 16 ans, de passer des jours malheu¬ reux avec des victimes de l’orgueil et de l’ava¬ rice de leurs parents; le cloître me renferma jusqu’au jour où la liberté conquise fit luire dans l’esprit de nos représentants les lumières de la raison. « Je sortis de cet antre où d’autres principes n’étaient connus que ceux de l’aveugle volonté, en bénissant la Révolution. Je cherchai les moyens de servir ma patrie; je fus appëlé par mes concitoyens à remplir les fonctions sacer¬ dotales. Aujourd’hui que les prêtres des Fran¬ çais ne doivent être que des cœurs purs, pour adorer la divinité la plus pure encore, la Liberté, j’ai volé avec transport auprès de vous, et, rempli du plus profond respect pour ce lumi¬ neux aréopage, je dépose sur l’autel de la raison les lettres que l’égarement des hommes m’avait données. « Dépouillé par les lois des siècles passés et que l’avidité avait dictées, je n’ai aucun moyen de subsister, mais toute ma confiance est en vous, sages législateurs, je vous demande à être utile à la République. Il y a dans le pays que j’habite, des administrations qui ont besoin de discours.; que le ministre qui en est chargé m’y donne, par vos ordres, de l’emploi, je jure d’en remplir les devoirs en bon républi¬ cain. « Dans une république il ne faut ni bras oisifs, ni bouches dévorantes, les frelons doivent en être exclus, et je rougirais de manger sans tra¬ vail la subsistance que vous ne m’accorderiez qu’aux dépens de celle de tous mes frères. Rem-il) Archives nationales, carton F10 876, dossier Clément. [GowvenliCïi nationale. ] ARCHIVES ÆARLEMüNiTMRES. 331 plissez ma demande et Je bénirai davantage mon existence. Je Jure de maintenir l’égalité et la liberté. « Vivent les sages représentants ! vive à ja¬ mais la République ! « Clément, curé de Champfleury, près Beims, département de la Marne. « P. -8. Mon intention est de rendre à la na¬ ture ce que j’en ai reçu, et remplir envers la République le plus grand devoir que lui doivent ses plus fidèles amis. » Lettre du citoyen d’Haïle, vicaire épiscopal de Versailles (1). « Primidi, 21 brumaire, l’an II de la Répu¬ blique, une et indivisible. « Citoyens représentants du peuple, « Ami de la liberté et de l’égalité, ennemi de tous les genres de superstitions et de despotisme, ’ les droits de Homme et la souveraineté du peuple n’ont jamais cessé d’être pour moi des principes sacrés et la règle invariable de ma con¬ duite morale et politique. J’en ai pour témoin la haine furieuse des aristocrates et des fana¬ tiques. « Il ne doit plus y avoir aujourd’hui d’autre culte public et national que celui de la liberté et de la sainte égalité, puisque le peuple le veut ainsi. En conséquence je déclare hautement que je renonce dès aujourd’hui aux fonctions de ministre du culte catholique, prêt d’ailleurs à servir la République dans quelque poste qu’elle juge à propos de m’employer. « Je jure qu’elle n’aura jamais de serviteur plus fidèle et plus dévoué. « Vive la République, une et indivisible ! « D’Halle, vicaire épiscopal de Versailles. » Lettre du citoyen Francqueville (2). « 21 brumaire an II de la République française une et indivisible. « Citoyens représentants, « Depuis un an et plus j’ai abjuré la prê¬ trise; je retrouve aujourd’hui quelques lettres qui me rappellent un état qui, pour le bonheur et le repos de la race humaine, n’aurait jamais dû être toléré. Une épouse aimable, spirituellè et républicaine surtout, me donne depuis un an des leçons de sagesse que je me plais à mettre en pratique. C’est elle qui m’a fait penser que je ne devais plus souiller notre demeure par la conservation de ces papiers sur lesquels sont imprimées les marques du despotisme le plus insultant. J’espère, citoyens représentants, que vous voudrez bien leur donner la place qu’ils méritent d’occuper. « Le sans -culotte, « FRANCQUEVILLE. » U! Archives nationales, F