(19 février 1791.] 293 ARCHIVES PARLEMENTAIRES. (Assemblée nationale.] lages seront supprimés, à compter du 1" mai prochain; <. Charge son comité des impositions de lui présenter, sous 8 jours au plus tard, les projets d’imposition? qui compléteront le remplacement des impôts supprimés, et qui étaient perçus au profit île la nation, des hôpitaux ou des villes, de manière à assurer les fonds nécessaires pour faire face aux dépenses publiques de l’année 1791. » (Ce décret est adopté.) M. le Président annonce l’ordre du jour de la séance de ce soir. La séance est levée à trois heures et demie. ANNEXE À LA SÉANCE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE DU 19 FÉVRIER 1791, AU MATIN. Lettre de M. l'évêque de Clermont à MM. les électeurs du département du Puy-de-Dôme. Messieurs, si je pouvais cesser d’être votre pasteur et votre jière en Jésus-Christ, j’en conserverais toujours dans mon cœur tous les sentiments ; et quand même, ne voulant plus être rien pour moi, vous me réduiriez à n’être plus rien pour vous, je vous dirais, comme Samuel aux Hébreux, lorsqu’ils le repoussèrent : « A Dieu ne plaise que <• je cesse jamais de vous avoir présents à mon « cœur devant lui, et de solliciter pour vous ses « grâces! »> Dans d’autres temps, et dans celui-ci même, si le sacrifice d’uu homme pouvait devenir le salut du peuple, je me dévouerais avec empressement; et je m’estimerais trop heureux que mon naufrage personnel pût, comme celui de Jonas, apaiser la tempête qui agite si cruellement l’Eglise de France. A l’exemple de saint Grégoire de Nazianze, je demanderais un successeur, je le solliciterais avec instance ; je saluerais ma chère église, j’adresserais aux fidèles qui la composent une dernière exhortation, pour les engager à vivre dans la fidélité à la loi du Seigneur et à marcher dans des voies toujours meilleures; je supplierais les anges du ciel, à qui elle est confiée, de redoubler pour elle de zèle et de charité, et je m’occuperais du choix d’une retraite où je pusse oublier les agitations du monde, expier mes fautes, et jouir, avec Dieu seul, de cette paix qu’on ne peut plus espérer de trouver au milieu des hommes. Voilà, Messieurs, quelles seraient mon inclination et ma conduite, dans des circonstances où il ne s’agirait pas de votre salut et du mien, mais seulement de notre tranquillité commune. Mais, dans le moment où le vaisseau de l’Église de France est plus violemment agité par la tempête qu’il ne le fut depuis plus de 14 siècles, le devoir des évêques est de tenir plus que jamais la main au gouvernail. Ils ont été établis premières sentinelles dans Israël, pour veiller sur lui le jour et la nuit. Ils l’ont été bien plus pour le moment de l’orage que pour celui du calme; et quand même les habitants, faussement rassurés, s’obstineraient à croire qu’ils ne courent aucun danger, ces sentinelles devraient toujours crier et ne cesser de se faire entendre. Ah ! Messieurs, si l'épiscopat pouvait n’être envisagé que dans l’ordre humain ; s’il m’était permis d’oublier un instant que c’est pour vous, et non pour moi, que je soi? évêque, qu’est-ce qui pourrait me tenir désormais attaché à mes fonctions? Une sensibilité bien permise me ferait, sans doute, éviter la douleur amère que me promet le premier regard que je porterai sur mon diocèse. Je suis effrayé, quand je considère la différence que je trouverai entre l’état où sera mon église, et celui où elle était lorsque je l’ai quitiée ; j’y trouverai la maison de Dieu, la maison du silence et de la prière, ne retentissant plus du chant des saints cantiques, mais du tumulte bruyant des assemblées politiques ; le service divin interrompu; les pieuses fondations de vos pères, délaissées; les vierges consacrées à Dieu, dans la désolation ; le jeune clergé déconcerté dans les premières voies de sa vocation ; le* pierres du sanctuaire, les memb es du sénat épiscopal, arrachés de leur place et di persés. J’y serai reçu par un troupeau, dont une portion verra en moi un ennemi, au lieu d’y voir un père, tandis que l’autre portion, affligée, redoublera d’attendris ement à ma première vue, et en se hâtant de venir me rendre dépositaire de sa douleur, et témoin de ses larmes, rendra les miennes plu? abondantes et plus amères. C’est pour les temps difficiles que l’esprit de conseil et de force a été mis par la sagesse divine au nombre des dons sacrés qu’elle répand sur un évêque; et il en faut, Messieurs, de la force, pour soutenir l’épreuve que votre as?embiée semble me préparer. Des sentiments réciproques d’affection et de confiance nous avaient unis jusqu’à ces derniers temps, et sans que je sois devenu coupable q m de la seule volonté de ne pas l’être aux yeux de Di* u, vous allez travailler à vou? donner un autre évêque ! Ici, Messieurs, se présente à moi le devoir le plus impérieux de vois instruire. Préposé à votre conduite spirituelle, chargé de répondre de vos âmes à celui par qui j’ai été établi votre pontife — car ce nVst, vous dirai-je, comme saint Paul, et au même titre que lui : « Ni au nom des « hommes, ni par un homme que je suis consti-« tué apôtre, mais par Jésus-Christ et par Dieu *. son père qui l’a ressuscité des morts (i) » — je ne puis me dispenser de vous représenter que vous allez entreprendre sur les droits sacrés du pontife éternel et de son Eglise; porter un coup mortel à la religion, établir un schisme des plus déplorables, vous préparer les regrets et les remords les plus accablants. Je dois vous inviter à considérer que nous ne sommes pas seulement, vous et moi, citoyens et sujets de César, mais que nous sommes marqués d’un autre sceau plus glorieux encore, d’un sceau que nous ne laisserons pas ici-bas avec celui de citoyen, mais qui nous suivra au tribunal du souverain j* ge, du sceau du christianisme. Nous avons, outre la puissance et les lois civiles, une autre puissance à reconnaître, celle de Jésus-Christ et de l’Eglise, et leurs lois à remplir. En vertu de l’autorité de Jésus-Christ et de l’Eglise, je suis devenu votre premier pasteur ; l’Eglise, par le ministère de son chef visible, m’a donné ma mission : elle a établi, par l’organe de mes prédécesseurs ou par le mien, les pasteurs secondaires de mon diocèse; eux