374 ARCHIVES PARLEMENTAIRES - CONVENTION NATIONALE a [ Les sans-culottes de la société républicaine d’Auffay à la Convention nationale, Auffay, le 24 brumaire an III] (20) La République ou la mort. Représentant, D’infames tirans sous le masque d’un brûlant patriotisme, prétendaient s’attribuer à eux seuls les fruits d’une Révolution qui ne sont dus qu’aux nombreux sacrifices du peuple et au sang qu’il n’a cessé de répandre depuis cinq ans. Le 9 thermidor a lui; vous avez signalé ces monstres et de la massue terrible que le peuple vous a remis entre les mains, vous les avez renversés et avec eux cet echaffaudage de crimes et d’hypocrisie au moyen desquels ils espéraient perpétuer leurs tirannies. Nous avons applaudi avec toute la France à l’énergie, à la fermeté, à la prudence que vous avés déployé tour à tour dans des circonstances critiques. Cependant aux mouvements que se donnaient les conspirateurs les plus indignes pour se faire croire les victimes des triumvirs que vous venez d’abatre, aux bruits perfidement répandus que la destruction du gouvernement révolutionnaire était assurée, que la chaleur du patriotisme allait être poursuivie comme un crime ; à la tendance sensible de l’esprit public dans nos campagnes, nous crûmes bien de nouveau la patrie en proye aux fureurs du fanatisme et de l’aristocratie; nous conçûmes de vives allarmes et nous vous fîmes part de nos craintes dans notre adresse en date du 24 fructidor. Aujourd’hui nos craintes disparaissent. Votre sublime adresse au peuple français, en enflammant les cœurs a rassuré tous les esprits. Nous l’avons lue plusieurs fois, nous nous sommes pénétrés des grands principes qu’elle renferme et par des explications simples, nous les avons rendus familiers aux bons habitans des campagnes, qui assistent à nos instructions : elle a été couverte à plusieurs reprises de nombreux applaudissemens. L’aristocratie se flatte vainement de tourner à son profit les derniers événements ; le gouvernement révolutionnaire est là pour la comprimer, il sera conservé jusqu’à la destruction de tous les traitres, et l’entier affermissement de la République : il ne servira plus de projets détestables, des vengeances atroces ; le patriote énergique ne sera plus confondu avec le conspirateur et le fripon. Voila ce que chacun s’est plu à répéter dans la joie qu’a inspirée la lecture de votre adresse. Continuez, Représentans, vos glorieux travaux. Consolidez par des mesures sévères basées sur la justice et le salut du peuple, le gouvernement démocratique. Protégez les sociétés populaires, encouragez les bons citoyens qui ne les ont fréquentées que pour instruire et faire germer (20) C 328 (2), pl. 1458, p. 27. dans l’ame de leurs semblables les vertus républicaines. Puissent tous les français de toutes les parties de la République s’unir à vous par les liens de l’amitié et de la reconnoissance ! Alors il ne restera des despotes et des tyrans que les souvenirs et les maux qu’ils ont produits, et le peuple sous le règne de la liberté et de l’égahté jouira pour toujours du bonheur qu’il aura acheté par mille sacrifices et cimenté par l’effusion de son sang. Vive la République. Vive la représentation nationale. En séance publique, ce 24 brumaire l’an trois de la République une et indivisible. Suivent 37 signatures. c [Les citoyens de la société populaire de Bannalec à la Convention nationale, Bannallec, le 10 brumaire an III] (21) Liberté, Égalité ou la mort. Citoyens représentants, Lorsque vous défendez avec courage les droits sacrés d’un peuple libre, les tyrans décèlent avec lâcheté et infamie la détresse et la misère où sont plongés leurs esclaves. Paraliser par des intrigues l’énergie qui crée la liberté, réduire à des convulsions le génie qui la protège, a été leurs premiers efforts : pour les réduire au néant, vous avez décrété et établi un gouvernement révolutionnaire; ils ont tenté alors d’arrêter par des factions sa marche salutaire ; ils ont mis en avant la corruption et tous les vices ; vous les avez combattu avec les armes triomphantes de la probité et des toutes les vertus. Ils ont essayé de rabesser l’homme en dessous de l’homme même, en le dégradant par l’immoralité de l’athéisme; vous avez proclamé les idées consolantes d’un être suprême et l’immortalité de l’âme. Vous vous êtes montrés grand là où ils ne sont que les vils oppresseurs de la nature. Après tant de défaites et de crimes, il leur fallait encore des crimes, ils ont organisé des plants d’assassinats ; et les bras liberticides des Robespierre, des Couthon, des Saint-Just, ont été levés au dessus de nos têtes. Forts de votre conscience et fidèles aux grandes focntions qui vous ont été confiées, vous avez anéanti ces tyrans de leur patrie, sans, pour ainsi dire entrer en vice, tant est grand le pouvoir de la vertu sur le crime. Vous etes à votre poste, et lorsqu’après tant et de si étranges périls, l’homme de bien laisse tomber un regard complaisant sur ses zélés défenseurs, le vain mot de hazard ne peut remplir son ame : elle s’épanouit, elle s’agrandit, et le sentiment de reconnoissance qui l’élève lui montre une providence qui le tranquillise sur l’avenir. (21) C 328 (2), pl. 1458, p. 28. SÉANCE DU 12 FRIMAIRE AN III (2 DÉCEMBRE 1794) - N° 6 375 Cette douce sensation qui n’est ni celle des despotes, ni celle des esclaves, ni celle des hommes corrompus, appartient tout entière aux amis de la liberté et de l’égalité, qui vous environnent de leur respect, de leur confiance, de leur amour. Que l’univers entier apprenne que le peuple français veille sur la destinée de ses représentants. Nous, nous jurons par l’égalité que notre surveillance devancera le crime dans sa marche mis-térieuse, que notre courage la repoussera loin au delà du sol de la liberté, et que la République sera purgée de ces hommes de sang, de ces faiseurs de noyades, comme elle l’est de ses oppresseurs couronnés, des assassinats... tyrans, voila donc votre politique, votre ouvrage; voila ce qu’inspire le despotisme barbare, ce qu’il tente à son agonie.... Le peuple français sonne votre heure dernière, il n’y aura plus de trônes que pour la vertu et la liberté. Vous, nos représentans, contraste frappant de ces monstres, reconnoissance éternelle soit à vous pour vos travaux ! Que les principes consacrés par votre adresse au peuple français soient à jamais dans tous les cœurs ! Notre enthousiasme a éclaté à sa lecture, mille fois répétée et toujours applaudie par les cris de Vive la Convention. qu’elle reste à son poste. Restez donc là où vous avez si bien mérité de la patrie. Le moment est arrivé où les despotes coalisés seront à vos genoux. Soyez toujours fidèles à la cause du peuple que vous faites triompher : ne la trahissez pas dans des circonstances critiques où les continuateurs de Robespierre voudroient jetter dans la France le tison de la guerre civile, et vos noms seront gravés sur les colonnes immortelles de la plus sublime des révolutions. Si lors des bras paricides osoient menacer de leurs poignards vos têtes sacrées, nos cadavres seront les degrés qui conduiront jusqu’à vous. C’est le serment d’une société qui honore la vieillesse et essuie les larmes des malheureux. Vive la République. Vive la Convention. Suivent 10 signatures. d [La société populaire régénérée de Bèze à la Convention nationale, Beze, le 20 brumaire an III\ (22) Liberté, Égalité. Citoyens représentans, Il y a guère que les François vivoient dans une crainte que produit l’excès des maux, et qui un malheur de plus, leurs soupirs n’osoient éclater, et les vœux qu’ils formoient pour la justice se changeoient en un désespoir de plus. Mais, ô prodige ! Votre adresse au peuple, le décret que vous venez de rendre relativement aux sociétés populaires ont heureusement arrêté (22) C 328 (2), pl. 1458, p. 29. les funestes effets de la licence, et ramené le calme dans tous les esprits. Oui, citoyens représentans, ils sont l’un et l’autre le chef d’œuvre de votre sagesse, le triomphe de l’humanité, de la justice et de la raison. Il en résultera deux grands avantages, celui de faire renaître la confiance, et celui de conserver l’amour de la patrie dans tous les cœurs, avec son énergie, sa plénitude, ses transports, son délire même. Cet amour deviendra si vif et si impérieux, qu’il réunira à lui seul, tous les intérêts ; alors il n’existera plus dans la République qu’une volonté, qu’un sentiment; alors l’impuissante coalition et ses lâches satellites, qui n’osent rompre des chaînes qu’ils ne peuvent porter, chercheront en vain de nous asservir... : la liberté s’est réservée une asyle en France. C’est dans le sanctuaire auguste des loix, autour de la Convention, sous l’égide puissant du drapeau tricolore, que doivent se réunir les citoyens jaloux d’échapper à l’injustice, à la servitude. Il semble qu’un ange tutélaire veille sur notre destinée ; qu’un génie particulier vous anime ; vos travaux immenses et pénibles, les obstacles qui naissent sans cesse des circonstances, loin de vous décourager vous rendent plus laborieux ; les succès de la République dont vous etes l’organe, se multiplient par vos soins et deviennent tous les jours plus brillants. Nous vous en félicitons, représentans, agréez nos hommages, comme le fruit de notre sincère amour pour le bien, de notre inviolable attachement à la Convention, et encore comme de notre entière adhésion à tout ce qui émanera d’elle. Restez à votre poste, nous vous en conjurons pour le bonheur des républicains français et le salut de la République. Conservez-y cette attitude imposante qui vous rend dignes d’être les mandataires d’une grande nation; ne souffrez surtout aucun intermédiaire entre elle et vous. Vous avez pénétré les desseins de ces hommes dangereux, qui rapport tout à leur ambition, qui n’ont que des passions avilies par des vices grossiers. Fermez sans pitié vos cœurs paternels aux cris de l’intrigue et de l’hypocrisie, ne les ouvrez qu’aux doux accens de la vertu. Continuez à faire triompher l’innocence, à punir les coupables; cette fermeté héroïque se distribuera dans les différentes classes des citoyens et le peuple, en vous imitant vous bénira. Et ont signé les membres présents à la séance du vingt brumaire an troisième de la République une et indivisible. Suivent 37 signatures. e [Le conseil général et plusieurs citoyens de la commune de Talmay à la Convention nationale, Talmay, s.d.] (23) (23) C 328 (1), pl. 1448, p. 14.