340 [Convention nationale.) ARCHIVES PARLEMENTAIRES. I 20 brumaire an II ( 16 novembre 1793 IV. La Société populaire de limoges demande QUE LE CHOIX DES CITOYENS, QUI DOIVENT SIÉGER A LA CONVENTION, SOIT LAISSÉ AUX Sociétés populaires lorsque la liste des SUPPLÉANTS EST ÉPUISÉE (1). Suit le texte de la 'pétition de la Société popu¬ laire de Limoges d'après un document des Ar¬ chives nationales (2). La Société populaire de Limoges, à la Convention nationale. « Limoges, le primidi, 21 brumaire de l’an II de la République française, une et indivisible. « Après avoir lutté pendant plus de six mois contre un parti formidable qui voulait anéantir la liberté dès son berceau, vous avez terrassé ces hommes qui joignaient à l’aristocratie la plus prononcée le résumé complet de tous les crimes que la scélératesse a pu enfanter. La vertu et l’humanité sur les lèvres, ils imputaient à la Montagne tous les dangers qu’ils faisaient courir chaque jour à la chose publique. Vous les avez détruits, ces calomniateurs infâmes, en appelant dans votre sein tous les suppléants qui n’ont pas protesté contre les célèbres jour¬ nées des 31 mai, 2 et 3 juin, preuve non équi¬ voque que vous ne cherchiez pas, comme le disaient ces scélérats fameux, à vous emparer de tous les pouvoirs en minant sourdement la représentation nationale. « Votre comité nous fait connaître vos inten¬ tions en nous demandant des renseignements sur le suppléant de Lesterpt-Beauvais. Eh bien, législateurs, apprenez que nos trois sup¬ pléants sont suspects, qu’ils ont été destitués par les représentants du peuple des fonctions qu’ils remplissaient; apprenez enfin qu’ils ne sont pas dignes de représenter un peuple libre. Notre embarras est extrême. Notre dé¬ partement n’est pas encore purgé des monstres qui voulaient nous faire marcher à pas de géant à la contre-révolution. Nous ne vous le dissimulons pas, si l’on suit la marche ordinaire, si l’on convoque les assemblées primaires, nous n’aurons pas un vrai républicain. Vous aurez à combattre un parti aussi nombreux, aussi puis¬ sant et aussi criminel que le premier. « Vous avez décrété que le Gouvernement français était révolutionnaire jusqu’à la paix. De ce principe découle nécessairement celui que toutes les mesures doivent être prises révolutionnairement. D’après cela, et tou¬ jours animés de l’amour sacré de la liberté et de l’égalité, considérant que les sans-culottes doivent seuls composer toutes les autorités cons¬ tituées, et à bien plus forte raison la Convention elle-même, dans les mains de laquelle repose le salut du peuple, nous vous proposons de ne point autoriser la convocation des assemblées primaires pour procéder à la nomination du (I) La pétition de la Société populaire de Limoges n’est pas mentionnée au procès-verbal de la séance du 26 brumaire an II (samedi 16 novembre 1793); mais on en trouve des extraits dans le compte rendu de la séance du 25 brumaire publié par le Moniteur et le Journal de Perlel et, d’autre part, l’original qui existe aux Archives nationales porte en marge l’indication suivante i « Renvoyé au comité de sûreté générale le 26 du 2e mois de l’an II de la République. » (2) Archives nationales, carton F17 4443, dossier Soulignac. suppléant de l’infâme Lesterpt-Beauvais, le guillotiné, mais de consentir à ce que les So¬ ciétés populaires, dans le sein desquelles réside la vraie sans-culotterie, proposent et choisissent elles-mêmes ceux qu’elles croiront dignes de la confiance publique. Ce moyen nous paraît réunir tous les avantages et écarter de la repré¬ sentation nationale tous les intrigants et tous les conspirateurs qui se parent du masque du patriotisme. Ces réflexions puissantes méritent toute votre attention. Votre sagesse et votre amour pour la chose publique nous sont un sûr garant que vous y donnerez votre adhésion. « Ce n’est pas tout, législateurs, un grand crime a été commis contre l’unité et l’indi visi¬ bilité de la République. Soulignac, Lacroix, Rivaud et Faye, qui siégeaient parmi vous, ont formellement protesté contre les mémorables journées des 31 mai, 2 et 3 juin, dans deux lettres aussi perfides qu’insidieuses, qu’ils adres¬ sèrent à l’administration de notre départe¬ ment et dont expédition nous a été précédem¬ ment adressée, chaque phrase ne respire que le fédéralisme et l’intention bien prononcée que leurs auteurs ont voulu égarer le peuple et armer le citoyen contre le citoyen. La seule idée d’une entreprise aussi coupable fait frémir d’horreur la nature entière. Il est temps que le sol de la liberté ne soit plus souillé par la présence de ces infâmes conspirateurs. Livrez-les sous le glaive de la loi, vous acquerrez de nou¬ veaux droits à l’estime publique et consolide¬ rez pour jamais les bases inébranlables de la liberté et de l’égalité si chéries de tous les républicains français. « Salut et fraternité. « Dubois, président ; Publicola Pidon; Boysse, secrétaire ; Peconnet, secré¬ taire ; Guillien Biron, secrétaire. » Compte rendu du Journal de Terlet (1). La Société populaire de Limoges prévient la Convention que Lesterpt-Beauvais, l’un des députés frappés par le glaive de la loi, ne peut être remplacé, attendu que les trois suppléants sont en état d’arrestation, comme suspects. Elle croit qu’il serait utile pour la République de laisser aux Sociétés populaires le choix des citoyens qui doivent siéger au milieu des légis¬ lateurs, lorsque le nombre des suppléants est épuisé. (1) Journal de Perlel n° 420 du 26 brumaire an II (samedi 16 novembre 1793), p. 370], D’autre part, le Moniteur universel [n° 58 du 28 brumaire an II (lundi 18 novembre 1793), p. 234, col. 3] rend compte de la pétition de la Société populaire de Limoges dans les termes suivants j La Société populaire du chef-lieu du département, par lequel avait été député à la Convention, Les¬ terpt-Beauvais, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, écrit que cet ex-député ne peut être remplacé par aucun des suppléants de ce départe¬ ment. Tous les trois ont été arrêtés comme suspects ; si l’on convoque les assemblées primaires, on risque de n’avoir pas un bon représentant ; la Société popu¬ laire propose, puisque le gouvernement est révolu¬ tionnaire, de choisir des suppléants dans les Sociétés populaires. (On murmure.) « Merlin (de Thionville). Cette adresse est atten¬ tatoire à la souveraineté du peuple. Comme nous décrétons la mention honorable en faveur des vrais principes, je demande l’improbation de cette adresse. « Gossuin. J’en demande le renvoi au comité de Salut public, pour examiner la question des sup¬ pléants. « Le renvoi est décrété. » [Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES, j Novembre T?!» 341 Cette lettre est improuvée comme contenant des principes attentatoires à la souveraineté du peuple. Le comité de Salut public présentera un mode pour le remplacement des députés. V. Lettre du comité de surveillance du dépar¬ tement de Loir-et-Cher pour annoncer qu’une émeute contre-révolutionnaire, QUI S’ÉTAIT ÉLEVÉE DANS LES DISTRICTS DE Montdoubleau VIENT D’ÊTRE RÉPRIMÉE (1). Suit le texte de la lettre du comité de surveil¬ lance du département de Loir-et-Cher d'après un document des Archives nationales (2). Le comité de surveillance du département de Loir-et-Cher, à la Convention nationale. « Blois, le 22 brumaire de l’an II de la Répu¬ blique française, une et indivisible. « Citoyens représentants, « Une émeute contre-révolutionnaire s’était élevée dans le district de Montdoubleau, nous y avons envoyé le tribunal criminel. Trois roya¬ listes ont péri sous le couteau de la loi, quatre ont été condamnés par contumace, plusieurs seront déportés, quelques-uns mis aux fers, d’autres incarcérés. Lorsque les têtes tombaient, le peuple a crié : Vive la République. Les malin¬ tentionnés sont dans la consternation. La tran¬ quillité est assurée; l’épuration révolutionnaire couronnera l’œuvre. De gré ou de force, nous serons républicains. » (Suivent 8 signatures.) Compte rendu des Annales patriotiques et littéraires (3). Les administrateurs du département de Loir-et-Cher annoncent qu’un rassemblement de contre-révolutionnaires, qui s’était formé dans le district de Montdoubleau, est entièrement dissipé. Trois chefs ont expié leurs forfaits sur l’échafaud; le reste est rentré dans le devoir. L’Assemblée ordonne l’insertion de cette lettre au Bulletin. PÉTITION FAITE A LA CONVENTION NATIONALE PAR LA CITOYENNE LESIEUR, DOMICILIÉE DANS LA COMMUNE DE MELUN, CHEF-LIEU DU DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-MARNE, LE (1) La lettre du comité de surveillance du dépar¬ tement de Loir-et-Cher n’est pas mentionnée au procès-verbal de la séance du 26 brumaire an II; mais il y est fait allusion dans les comptes rendus de cette séance publiés par le Moniteur universel [n° 58 du 28 brumaire an II (lundi 18 novembre 1793), p. 235, col. 2], par le Mercure universel [27 brumaire an II (dimanche 17 novembre 1793), p. 271, col. 1] et par les Annales patriotiques et littéraires [n° 320 du 27 brumaire an II (dimanche 17 novembre 1793), p. 1484, col. 1]. (2) Archives nationales, carton C 279, dossier 772; Premier supplément au Bulletin de la Convention du 7e jour de la 3e décade du 2e mois de l’an II (di¬ manche 17 novembre 1793). (3) Annales patriotiques et littéraires [n° 320 du 27 brumaire an II (dimanche 17 novembre 1793), p. 1484, col. 1]. 26 BRUMAIRE DE L’AN II DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, UNE ET INDIVISIBLE (1). Suit le texte de cette pétition d'après un docu¬ ment imprimé (2). « Représentants du peuple. « Je vous dénonce un crime qui atteste com¬ bien l’aristocratie est adroite pour tourner à son avantage les mesures les plus propres à sauver la liberté. « Yos décrets ordonnent l’arrestation des per¬ sonnes suspectes ; eh bien ! les aristocrates qui, à Melun, se sont emparés de l’autorité, décla¬ rent les patriotes suspects et les font arrêter. « Le citoyen Lesieur, mon mari, qui plus d’une fois a appelé la surveillance des citoyens contre les prêtres, qui en a fait arrêter plusieurs, qui a acheté trois églises dont il a fait des maisons pour les sans-culottes, qui depuis 1789 fournit perpétuellement de l’ouvrage à plus de 30 ou¬ vriers, gémit sous un mandat d’arrêt lancé par un prêtre, tout à la fois juge du tribunal, curé de Melun, président du département et président du comité central de surveillance de la même ville. « Je demande donc justice à la Convention nationale contre cette usurpation de tous les pouvoirs, contre cette tyrannie sacerdotale; et ici, représentants, ce n’est pas l’intérêt de mon mari qui m’occupe, c’est l’intérêt du peuple de Melun, l’intérêt général de la Répu¬ blique, qui ne permet pas que des prêtres four¬ bes tiennent les rênes de l’administration, et accumulent ainsi tous les pouvoirs sur leur tête. « Ce prêtre hypocrite a chassé par ses intri¬ gues et ses discours astucieux des administra¬ teurs d’un civisme éprouvé, et qui seuls pou¬ vaient lui faire obstacle ;et comme il savait bien qu’il ne pouvait être dignement secondé que par des prêores, il en a infecté toiïtes les administrations. C’est un prêtre qui est procu¬ reur général syndic du département; c’est un prêtre qui le préside, c’est un prêtre qui dirige le district (3), c’est un prêtre qui possède la mu¬ nicipalité; et l’astuce du prêtre Metier est telle, qu’il a égaré la Société populaire de Melun, au point de la déterminer à se faire présider par un prêtre. Ce même prêtre a extorqué du représen¬ tant Dubouchet des pouvoirs illimités... Ci¬ toyens législateurs ! entre les mains d’un prêtre des pouvoirs illimités !... Qui sait donc où s’arrête la vengeance d’un prêtre? Eh! voulez-vous savoir quel usage Métier fait de ceux qu’on lui a prostitués? Une femme âgée de 22 ans, mère de 4 enfants, Française, mariée à un Fran¬ çais, et domiciliée à Paris (4), était allée à Melun pour payer à 30 sans-culottes 15 jours de sueur et de travail : Métier apprend que cette jeune femme est la nièce de Lesieur, et il la fait arrê¬ ter. Ainsi cette jeune femme qui venait de faire une bonne action, une action de justice, et empêcher des ouvriers de murmurer, est jetée dans une prison, loin de ses enfants et de sa (1) La pétition de la citoyenne Lesieur n’est pas mentionnée au procès-verbal de la séance du 26 bru¬ maire an II; mais il y est fait allusion dans les comptes rendus de cette séance publiés par le Jour¬ nal des Débats et des Décrets et par le Moniteur uni¬ versel. (2) Bibliothèque nationale ! 6 pages in-8° Lb4‘, n° 905. (3) L’abbé Charpentier. Cet homme est fameux par son aristocratie et son fanatisme. (4) Section de Guillaume Tell.