[Assemblée nationale.) ARCHIVES PARLEMENTAIRES. [17 octobre 1790.) « Les bâtiments servant aux exploitations « rurales ne seront imposés qu’à raison du « terrain qu’ils occupent, évalué sur le pied des « meilleures terres labourables de la commu-« nauté. » « Les bâtiments adjacents qui ne servent point « à l’exploitation rurale seront imposés à raison « du double. » M. Rewbell. Cet amendement consacrerait une injustice en paraissant détruire l’arbitraire. Je demande la question préalable. (La question préalable est mise aux voix.) (L’Assemblée décide qu’il y a lieu à délibérer.) M. Legrand. Pouvez-vous avoir quelque justice à imposer de grands châteaux, des maisons de plaisance, placés auprès des grandes villes, où les terrains sont précieux, comme les bâtiments ordinaires placés dans les champs ? Je propose, par amendement, d’imposer au double du produit des meilleures terres de la communauté, les maisons d’habitation du colon et du fermier, et quant aux maisons de plaisance de les imposer relativement à leur valeur locative. M. Rewbell. Cet amendement présente une formule équitable et je l’appuie. M. Anson. L’article du comité me semble préférable en en retranchant les mots : « le logement du cultivateur ». On demande de tous côtés à aller aux voix. Les divers amendements sont successivement rejetés. L’amendement de M. Anson, qui remplace l’article du comité, est ensuite décrété en ces termes : Art. 11. « Les bâtiments servant aux exploitations rurales ne seront point soumis à la contribution foncière, mais le terrain qu’ils occupent sera évalué au taux des meilleures terres labourables de la communauté. » M. le Président. Les comités ecclésiastique et d’aliénation demandent à faire un rapport sur la dénonciation faite par le directoire du district , par le maire et les officiers municipaux de Strasbourg, d'un écrit répandu dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, par le clergé d'Alsace, sur la vente des biens ecclésiastiques. (La parole est donnée au rapporteur.) M. Chassct, rapporteur. Les comités ecclésiastique et d’aliénation m’ont chargé de vous rendre compte de l’affaire que vous leur avez renvoyée hier. L’objet de l’opposition des chapitres de Strasbourg, de la Toussaint, de Saint-Pierre-le-Vieux et de Saint-Pierre-le-Jeune, à la vente des biens ci-devant ecclésiastiques, se réduit à dire que les biens du clergé d’Alsace ne sont pas soumis à la disposition et à l’admission des biens nationaux. Ces chapitres s'appuient sur un prétendu ajournement et sur une lettre du ministre dans le département duquel se trouve l’Alsace. L’ajournement prononcé n’a eu pour objet que la question élevée de savoir si l’on admettrait dans le procès-verbal un mémoire du clergé d’Alsace, et un extrait des délibérations des chambres ecclésiastiques de Strasbourg et Weissembourg, diocèse de Spire, contre les arrêtés du 4 août; on dit alors que ce mémoire était une protestation. 675 Une discussion s’ouvrit et un ajournement indéfini fut prononcé. Dans l’extrait du procès-verbal, joint à l’avis distribué par les chapitres d’Alsace, on a dit qu’il y avait eu un ajournement précis pour la discussion sur les droits du clergé d’Alsace. De la comparaison du procès-verbal avec l’imprimé allemand, il résulte une altération criminelle, dont l’objet était de jeter le trouble dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, de soulever les peuples contre vos décrets, et de les déterminer à s’opposer à leur exécution. Le corps de délit est bien formel : cette altération, dans le sens et dans la lettre de votre procès-verbal, doit être punie. Vos comités proposent le projet de décret suivant : « L’Assemblée nationale, sur le rapport qui lui a été fait, etc., considérant qu’un avis motivé sur le faux prétexte que les biens du clergé d’Alsace ne sont pas compris dans le décret du 2 novembre, attendu l’ajournement du 22 septembre 1789, a été répandu dans les campagnes pour exciter le peuple à s’opposer à l’exécution des décrets concernant la disposition, la vente et l’administration des domaines nationaux ; considérant qu’à la suite de cet avis est une traduction du procès-verbal du 22 septembre, dans laquelle le texte français a été altéré, en ce qu’il est dit dans cette traduction qu’il a été prononcé un ajournement à jour certain sur les droits du clergé d’Alsace; déclare qu’ayant compris dans le décret du 2 novembre tous les biens possédés en France parle clergé, et n’ayant jamais excepté ceux possédés en Alsace par les ecclésiastiques, les moyens employés, l’avertissement distribué dans les campagnes et l’altération du procès-verbal ne pouvant être que criminels, en ce qu’ils tendent à soulever les peuples contre les décrets acceptés et sanctionnés par le roi : décrète que le roi sera prié de donner des ordres pour faire informer contre les auteurs de ladite altération, et contre l’impression et distribution dudit avis, pour lesdils auteurs être punis comme réfractaires aux décrets de l’Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par le roi, et comme ayant tenté de soulever les peuples ; décrète que les corps administratifs du département du Haut et du Bas-Rhin continueront de faire exécuter les décrets de l'Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par le roi, tant sur la constitution civile du clergé et le traitement du clergé actuel, que ceux sur les ordres religieux et sur l’aliénation des biens nationaux. « Défenses sont faites, au surplus, à qui que ce puisse être, de contrevenir aux décrets de l’Assemblée nationale, et d’apporter aucun, obstacle à leur exécution, à peine d’être puni, ainsi qu’il appartiendra. L’Assemblée déclare qu’elle est satisfaite de la conduite des directoires du district et de la municipalité de Strasbourg; charge son président de se retirer par-devers le roi pour le prier de donner des ordres nécessaires pour l’exécution du présent décret. » M. de Cnstine. Ce projet de décret est de toute sagesse ; je ne le combattrai pas ; je m’élèverai seulement contre le mot criminel. Il est possible que les chapitres de Strasbourg aient été trompés. Je propose de se servir de cette expression : « Répréhensibles et criminels dans le cas où l’on persisterait dans l'opposition à la vente des biens nationaux. » M. l’abbé Maury. La question soumise à votre décision n’est pas difficile à résoudre ; c’est 676 [Assemblée nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. [17 octobre 1790.] une simple question de fait : il faut donc rapprocher les faits pour juger en connaissance de cause. Quand une motion est proposée, vous n’avez que trois manières de procéder : vous pouvez l’adopter ou la rejeter, l’ajourner, l’écarter, enfin, par la question préalable. Je vous prie de vous souvenir que les chambres ecclésiastiques de Strasbourg et de Wissem bourg vous avertirent qu’elles ne pouvaient adhérer aux arrêtés pris le 4 août et jours suivants : ce mémoire fut lu. M. Iiavie. C’est un fait faux, il ne fut pas lu ; je m’y opposai. M. l’abbé Maury. Un membre du clergé d’Alsace vous présenta ce mémoire. Voici le procès-verbal qui répondra à toutes les chicanes qu’on élève : « Un membre du clergé d’Alsace a présenté un extrait des délibérations des chambres ecclésiastiques de Strasbourg et Wissem-bourg, diocèse de Spire, par lesquelles le clergé qui les compose déclare ne pouvoir adhérer aux arrêtés pris le 4 août et jours subséquents, n’ayant pas donné à cet égard des pouvoirs suffisants à ses députés, et supplie l’Assemblée de prendre en considération les motifs déduits dans le mémoire. » Voilà la demande bien exposée, bien libellée. « Un membre a observé que cette adresse, contenant un acte de protestation contre les décrets de l’Assemblée, ne devait pas être admise, mais renvoyée. » Voilà la question préalable demandée ; elle ne fut pas adoptée. « Après une courte discussion, dans laquelle un membre a observé que, selon les apparences, cela regardait une des observations qui nous auraient été proposées par le roi, relativement aux princes de l’Empire ; un autre que le clergé d’Alsace devait confondre ses intérêts dans ceux de la nation ; un dernier enfin, qu’il n’y avait pas de protestation prononcée. » Voilà l’état de votre délibération à Versailles. « On a demandé l’ajournement, et il a été décidé qu’il aurait lieu. » M. Muguet. Par qui ce procès-verbal a-t-il été rédigé ? Par M. l’abbé d’Eymar. M. l’abbé Maury. L’inscription de faux contre le procès-verbal est donc ouverte? M. Muguet. Non, mais c’est une observation qu’il était bon de faire. M. l’abbé Maury. Le procès-verbal est donc authentique; on a donc présenté un mémoire dans lequel l’Alsace demandait à n’être pas confondue avec le clergé de France, et réclamait une exemption établie sur le traité de Westphalie. On ajourna la question sans décider que cette demande n’était pas fondée. Il faut décider cette question sans délai ; le décret d’ajournement la laisse tout entière, ou bien il est absurde; et mon respect pour votre décret m’empêche d’en supposer l’absurdité. Lorsque M. le cardinal de Rohan vous écrivit qu’il persistait dans ses réclamations, fondées sur l’ajournement du 22 septembre, on fit un grand silence, un silence d’approbation. (Il s'élève de grands murmures.) Nous sommes donc au même point que lors du décret du 22 septembre. Or, alors auriez-vous regardé les titulaires d’Alsace comme criminels envers l’Etat, s’ils avaient dit à leurs fermiers de ne pas acheter leurs biens? M. l’abbé Manry. Ah! oui... Non, ils auraient bien raisonné; s’ils avaient bien raisonné alors, ils ont donc bien raisonné aujourd’hui. Je ne m’appuie pas sur l’étrange différence que vous faites entre les églises luthériennes et le clergé d’Alsace, sur l’étrange procédure à instruire, sur la traduction d’une lettre écrite dans une langue qui vous est inconnue. Est-ce dans un corps de législateurs que ces égards de droit public doivent être rappelés? Sur la dénonciation du maire de Strasbourg, d’un protestant, vous blâmez des avis donnés à leurs fermiers par des ecclésiastiques qui ne seront jamais criminels, ou je le serai avec eux, car je me mettrai à leur tête. (Il s'élève des murmures.) Une assemblée impartiale doit avoir le courage d’entendre la vérité que j’ai le courage de lui dire. Les Néron, les Phalaris n'auraient jamais fait un crime à un titulaire de dire : Faites attention avant d’acheter mon bien. L’Assemblée n’en est pas encore venue à fabriquer des crimes; elle ne peut croire criminel ce qu’un honnête homme croit légitime. Les ecclésiastiques d’Alsace n’ont rien fait de dangereux ; ils ont conservé l’espoir que donnait votre ajournement. L’ajournement dure, et cet espoir avec lui; c’est l’exécution de l’ajournement que je demande. Je demande à défendre les églises d’Alsace, avec le traité de Westphalie, et la protestation des princes d’Allemagne à la main. Je demande surtout que votre comité ecclésiastique ou anti-ecclésiastique... (On demande que M. l'abbé Maury soit rappelé à l'ordre.) La chaîne que j’ai mise sous vos yeux est facile à saisir; tous les anneaux sont des faits... Jugez si l’on peut dire que les ecclésiastiques d’Alsace sont criminels envers l’Etat. Les véritables ennemis de l’Etat sont ceux qui exagèrent nos décrets; et s’il fallait faire le procès à ceux qui ont exagéré les décrets sur les biens ecclésiastiques, serait-dl criminel de dire que ceux qui ont prétendu que ces biens étaient à la nation sont des faussaires? Vous avez mis les biens du clergé à la disposition de la nation... Les biens d’une femme sont à la disposition de son mari ; mais ils ne sont pas à lui, mais il ne peut les aliéner... Au reste, il faut bien que l’Assemblée s’accoutume à ces discussions ; elles se feront hors de cette salle. Nous saurons apprécier vos décrets, et notre respect nous empêchera de leur laisser donner une trop grande latitude. On serait coupable pour dire à des fermiers de faire de sérieuses réflexions! Ehl prenons l’avis pour nous-mêmes, l’Europe nous voit... (Les murmures redoublent , M. l'abbé Maury descend de la tribune.) Je demande qu’on ajourne à vendredi prochain la discussion de la demande des églises d’Alsace, et que sur le surplus du décret il n’y ait pas lieu à délibérer. L’Assemblée n’était pas instruite le 22 septembre; elle ne l’est pas davantage , puisque la discussion n’a pas été ouverte (1). M. Rewbell. Tous vos décrets ont été envoyés en Alsace, exécutés en Alsace. En parlant de M. le cardinal de Rohan, vous avez dit qu’il serait fait inventaire de ses meubles; l’ajournement est donc nul; la question est donc jugée. Je crois la première partie du décret trop sevère. Je crois que les chapitres d’Alsace ont été induits en er-(I) Nous avons conservé, à cette place, la version mouvementée du Moniteur, mais nous insérons, en annexe à la séance, p. 678, le discours de M. l’abbé Maury, publié par l'Ami du roi. M. E