254 [Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES, | brumaire an il { lü novembre 1793 Béances des plus révolutionnaires; elles honorent la ville d’Auch, et lui enlèvent la tache infâme qu’avaient imprimée sur elle les Girondins et les fédéralistes. Je vous enverrai le procès-verbal qui doit être imprimé et faire une époque mar¬ quante pour ce département. « J’attends impatiemment une copie de l’ori¬ ginal des signatures de l’adresse liberticide envoyée en juin dernier à la Convention natio¬ nale. Ce que je vous demande est absolument nécessaire au comité de surveillance et au repré¬ sentant du peuple. Il est certains fonctionnaires publics qui l’ont signée et qui se cachent der¬ rière la toile. Il est temps qu’ils soient frappés, ils ne peuvent l’être qu’ autant qu’ils seront connus. « J’ai envoyé à Montaut un mémoire détaillé qu’il m’avait demandé. Il pourra vous être de quelque utilité pour faire votre rapport à la Convention sur le département du Gers. « On soutient par ici que vous êtes en com¬ mission dans quelque département, veuillez bien m’en instruire. « Je vous salue fraternellement et en Monta¬ gnard. « Lantrac. « Vos amis vous saluent. » Compte rendu du Bulletin de la Convention ( 1 ). Un membre (2) a dit : Citoyens, je m’empresse de communiquer à l’assemblée quelques détails qu’elle recevra avec plaisir. Ils sont contenus dans une lettre du citoyen Lantrac, procureur général syndic du département du Gers. Il m’ap¬ prend que la révolution la plus heureuse s’est opérée dans la commune d’Auch, chef-lieu du département. Le fanatisme et la superstition viennent de céder leur empire aux saines maxi¬ mes de la philosophie et de la raison, La lumière de la vérité éclaire aujourd’hui ces contrées; les préjugés disparaissent, et bientôt le peuple y Bera dégagé de ces chaînes que le trône et l’autel avaient si bien su lui donner pour le malheur de son existence. Voici l’extrait de la lettre t ( Suit un extrait de la lettre que nous reprodui¬ sons d'après l'original qui existe aux Archives nationales.) Sur la motion du même membre, la Conven¬ tion décrète mention honorable et insertion de l’extrait de la lettre dans le Bulletin. Les députés de la commune de Bourge (du Bourget), district de Franciade, offrent les vases, encensoirs et soleils de leurs églises. « Recevez, législateurs, ces breloques de charlatans qui, jus¬ qu’alors, ont empêché les progrès de l’esprit de liberté et d’égalité dans nos campagnes. » Mention honorable, insertion au « Bulletin » (3). (1) Bulletin de la Convention du 5e jour de la 3e décade du 2e mois de l’an II (vendredi 15 no¬ vembre 1793). (2) Le Moniteur universel [n° 58 du 28 brumaire ■an II (lundi 18 novembre 1793), p. 234, col. 3], Y Auditeur national [n° 420 du 26 brumaire an II (samedi 16 novembre 1793), p. 2] et le Mercure uni¬ versel [26 brumaire an II (samedi 16 novembre 1793), p. 249, col. 1] nous apprennent que ce membre était Barbeau de Barran. Ce dernier journal ajoute que la lecture de la lettre du citoyen Lantrac fut accueillie par des applaudissements. (3) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 233. Suit l'offre faite par les députés de la commune d/u Bourget (1). « Législateurs, _ « La commune du Bourget, district de Fran¬ ciade, nous députe vers vous pour vous annoncer que les vrais républicains qu’elle possède dans son sein viennent d’étouffer le plus cruel ennemi de notre liberté. « La raison vient enfin d’établir son empire dans nos coeurs. « Le fanatisme est tué et nous venons vous offrir ses dépouilles. « Recevez, législateurs, ces breloques de charlatans qui, jusqu’alors, ont empêché les progrès de l’esprit de liberté et d’égalité dans nos campagnes. « Que ces vases, .ces encensoirs et ces 'soleils soient jetés dans le creuset, pour, de leur produit, en faire des pièces de monnaie à l’effigie de la déesse des Français (La Liberté). « De même qu’il en soit fait de ce cuivre que nous apportons pour construire des canons pour exterminer les ennemis de la République, et que désormais nous puissions dire sans inquié¬ tude : Vive la Montagne! Vive la République! » Les députés de la commune de Jelloy (Belloy) font hommage des vases et ornements de leurs églises, et offrent leurs bras pour anéantir les tyrans. Mention honorable et insertion au « Bulle¬ tin » (2). Suit l'hommage des députés de la commune de Belloy (3). Département de Seine-et-Oise, district de Gonesse , canton de Luzarches. « Citoyens représentants d’un peuple libre qui vous chérit, » La commune de Belloy, toujours soumise à la sagesse de vos décrets, a, en vertu de celui du 10 septembre 1792, envoyé à son district l’argenterie de l’église appartenant à la ci-devant fabrique; mais aujourd’hui, par un zèle patrio¬ tique, elle vient déposer entre vos mains cent soixante-six livres de cuivre, un soleil, deux calices, un ciboire, et autres débris, le tout d’ar¬ gent pesant environ 15 marcs, meubles jadis pré¬ cieux d’un fanatisme orgueilleux. Revenus de ces erreurs superstitieuses, nous croyons en faire un emploi plus utile en vous les offrant pour l’usage de la nation. Nos cloches ont été portées à Luzarches, tous nos fers sont déposés en lieu de sûreté et à vos ordres. Notre brillante jeunesse, à plusieurs reprises, s’est disputé, à l’envi, le pas pour marcher à l’ennemi et aider à écraser nos tyrans. Nous donc, organes de cette com¬ mune obéissante, nous nous joignons à eux, et vous jurons, en vrais républicains, de rester (1) Archives nationales, carton C 278, dossier 741, (2) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 233. (3) Archives nationales, earotn C 279, dossier 753, [Convention nationale.! ARCHIVES PARLEMENTAIRES. \ binaire “J 255 ■ ■ J I 15 novembre 1793 fidèles aux serments que nous avons prêté; et de mourir à notre poste, et vous conjurons de rester au vôtre jusqu’à la paix. C. -E . Latré ; F. Frouard, officier; P. Bouhair ; Genard, secrétaire et membre du comité de surveillance. « L’an II de la République française, une et indivisible, le 25 du second mois. » La Société populaire de Châtillon-sur-Marne sollicite auprès de la Convention de changer son nom en celui de Montagne-sur-Marne, et la félicite sur ses travaux. Mention honorable, insertion au « Bulletin » et renvoi au comité de division (1). Compte rendu du Bulletin de la Convention (2). La Société populaire de Châtillon-sur-Mame, district d’Epernay, département de la Marne, demande que son nom soit changé en celui de Montagne-sur-Marne. Renvoyé au comité de division. Le citoyen Jacques-Joseph Bevy, ci-devant religieux, fait passer ses lettres de prêtrise, re¬ nonce à son traitement et à deux années d’arré¬ rages qui lui en sont dues. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (3). Suit la lettre du citoyen Jacques -Joseph Bevy (4). « Citoyen Président, « J’étais ci-devant religieux et sécularisé avant la Révolution; jamais je n’ai été fonction¬ naire public. Je remets à la patrie, et le traite¬ ment qu’elle m’a aceordé, et les arrérages de deux années ainsi que mes lettres de prêtrise, pour vivre en vrai républicain. « Salut et fraternité. « Le citoyen J. -J. Bevy. « Paris, 25 brumaire, l’an II delà République, une et indivisible. » (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 233. (2) Supplément au Bulletin de la Convention du 25 brumaire an II (vendredi 15 novembre 1793). D’autre part, le Journal des Débats et des Décrets (brumaire an II, n° 427, p. 402) rend compte de la pétition de la commune de Châtillon-sur-Marne dans les termes suivants i « La commune de Châtillon-sur-Marne, district d’Épernay, demande à la Convention à changer son nom, qui tient à l’ancien régime, en celui de la Montagne-sur-Marne. Pour appuyer sa demande, elle fait présenter par les citoyens Josset et Joly l’argenterie de son église qu’elle fait déposer en offrande sur l’autel de la patrie. « Le don est accepté et la pétition renvoyée au comité de division. « Le Président invite les deux députés à assister à la séance. (3) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 233. (4) Archives nationales, carton C278, dossier 741; Supplément au Bulletin de la Convention, du 25 bru¬ maire an II (vendredi 15 novembre 1793). Les députés de la Société des Amis de la liberté, séant à la section du Bonnet-Bouge, s’expriment ainsi : « Nous vous apportons ces simulacres imposteurs, ces statues ridicules et ces folles images d’ambition, d’ambitieux, d’hypocrites, d’égoïstes, de fainéants et d’imbéciles. » Mention honorable, insertion au « Bulletin » (1). Suit l'adresse des députés de la Société dès Amis de la liberté, séant à la section des Bonnets Bouges (2) « Citoyens représentants, « Le jour pur de la raison succède enfin aux ténèbres profondes de l’erreur, de la supersti¬ tion, du fanatisme et de l’hypocrisie. Déjà le peuple s’indigne d’avoir été trompé, il vous demande de toutes parts de cesser de payer ces hommes qui corrompaient son esprit, fasci¬ naient ses yeux, troublaient son imagination et ne lui laissaient pour toute science qu’un vain amas de mots qu’il ne pouvait comprendre, sur lesquels il ne pouvait avoir aucune idée juste, ou plutôt qui étaient le renversement de toutes les idées. Il vous apporte ces simulacres impos¬ teurs, ces statues ridicules et ces folles images d’ambitieux, d’hypocrites, d’égoïstes, de fai¬ néants et d’imbéciles dont on faisait l’objet de son respect et de son adoration. Il désire qu’ils servent au moins à faire cette guerre dont ils sont cause, en grande partie; il a honte aujour¬ d’hui de sa longue crédulité; il rougit de sa faiblesse; il ne veut plus qu’une idole, il n’en veut qu’une vraiment digne de son amour, vraiment digne de son adoration, qui parle à san cœur, qui émeuve ses sens; il ne veut que la liberté. C’est pour cette déesse qu’il veut vivre, c’est pour elle qu’il veut mourir. Que tous les hommes soient libres, voilà sa prière; que tous les hommes vivent libres et en paix, voilà le paradis après lequel il soupire. Il ne se berce plus de chimère, il veut de la réalité. Il sait main¬ tenant quel cas il doit faire de toutes ces pro¬ messes sans fondement, dont le seul but était de l’étonner, de l’épouvanter, de l’asservir. Il connaît le pacte fait entre tous ses tyrans. II s’est débarrassé de tout, il a secoué tout, il se sent libre enfin; il ne consentira plus à être garotté. « La partie du peuple séante à la section du Bonnet-Rouge vient à son tour déposer le res¬ tant des chaînes qui la liaient aux préjugés. Elle vient jurer de ne pas reprendre celles-là plus que celles de la tyrannie et de combattre jus¬ qu’au dernier soupir pour défendre la liberté, qu’elle vous conjure de maintenir avec ces décrets si puissants que vous êtes accoutumés de rendre, et qui font la terreur de nos ennemis. « La Société des Amis de la liberté, séante à la section du Bonnet-Rouge, a adopté cette adresse et a arrêté qu’elle serait présentée à la Conven¬ tion nationale. « Ce quartidi, vingt-quatre brumaire, an se¬ cond de la République française, une et indi¬ visible. « Rare, président; Olivier, sécrétaire; Le Brun, secrétaire; Lacourt, secrétaire. » (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 234. (2) Archives nationales , carton C 281, dossier 771.