[Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENT AIRES . if novembre *1793 423 accompagna sort dépôt d’un© lettre si bien écrite et si vraie que je ne peux me dispenser d’en rapporter certains passages que je vous engage à rendre publics, les voici : « Vouloir être prêtre et républicain en même « temps, cela n’est pas possible, il faut donc « abjurer l’un ou renoncer à l’autre; mais entre « la servitude et la liberté, l’indécision du « choix serait un crime. Recevez donc, citoyen, « recevez ces feuilles orgueilleusement parées du « sceau de Monseigneur, recevez ces pouvoirs « sacrés de faire un dieu et de gouverner les « consciences; que la flamme qui les dévore soit « le signal de la naissance d’un nouveau défen-« seur de la liberté et de l’égalité. « Que le fanatisme alarmé vienne me reprocher « une désertion si hardie, que ne lui reproche-« rais-je pas à mon tour ! Sans parler dés maux « qu’il a faits à ma patrie, par quels sentiers « tortueux ne m’a-t-il pas conduit pendant « quatre ans pour obtenir des lettres de prê-« trise auxquelles il a joint lés conditions les « plus anti-sociales ! Il a fallu parcourir les « plaines arides de la théologie au milieu des « ténèbres. La théologie de l’homme libre, c’est « la nature. » « Cette lettre se termine par cette phrase remarquable : « Les saisons productrices sont la preuve de « l’existence d’un Etre suprême, comme elles « sont les motifs de notre amour, et rien dans « la nature nef ressemble plus à ses ministres, « que l'hiver qui dévore tout et ne produit rien; « quelle singularité inconcevable de vouloir res-« sembler à un Dieu créateur, par Vendrait qui « lui ressemble le moins. » « Si aux vérités incontestables que contient cette lettre il fallait ajouter encore à l’horreur que doivent inspirer la grande majorité des prêtres, je vous annoncerais que Desbois, ex-dé¬ puté et évêque dans ce département, lui qui, par des réponses inciviques dans un interroga¬ toire fut conduit à Bicêtre avec huit à neuf dou¬ zaines d’animaux noirs de son espèce, vient de m’écrire une lettre très courte et très précise dans laquelle il proteste que depuis six mois il professe des sentiments absolument opposés à ceux qu’il a manifestés; je vais faire imprimer son interrogatoire, et à mi-marge, sa lettre. « Au moment où je vous écris, je reçois une nouvelle lettre d’un prêtre qui me déclare qu’il maudit l’instant où il se décida à l’être, et se justifie en me disant qu’il ne l’a fait que pour secourir une mère pauvre, qu’il ne reconnaît d’autre culte que celui de la liberté et de l’éga¬ lité, d’autre religion que l’amour de la patrie, d’autre évangile que celui de la raison. « Je me félicite sans cesse d’avoir, le premier, il y a trois mois, déchiré le voile et fait déclarer à deux escamoteurs, à Montreuil, qu’ils n’avaient été jusque-là, avec leurs habits noirs, que des arlequins ou des pierrots qui endormaient les hommes pour vivre à leurs dépens. « Si à ma première réquisition 400 saints sont venus à votre barre jurer de se faire battre pour la défense de la patrie, aujourd’hui leur corps d’armée se rallie autour de moi, leurs meubles remplissent un appartement de la Commission, et pour le peu qu’ils continuent, ils feront ce que je désirerais bien que nous puissions faire dans la Belgique : ils amènent tout et ne lais¬ sent rien. « J’ai hier rassemblé le peuple. Au milieu de 6 à 7,000 citoyens, j’ai livré bataille aux geô¬ liers de tous les saints et à leurs gardes, et la raison ayant terrassé ces prôneurs de l’impos¬ ture, les républicains ont délivré la sainte armée que la Commission révolutionnaire rassemble ici : un vicaire épiscopal avec cinq à six bedeaux ayant entendu le peuple applaudir à la clôture de la principale église et à sa nouvelle nomina¬ tion de temple de la raison et de la vérité, a voulu finir comme il avait commencé: il se bor¬ nait à enlever clandestinement les effets qui lui convenaient, mais il est maintenant avec sa valetaille ecclésiastique dans une prison; je vais frapper le fer tandis qu’il est chaud, si cela continue il faudra destiner un lieu pour recevoir Barrière-garde de cette sainte et sacrée armée. « Mon absence momentanée des départements que je parcours avait fait lever la crête aux aris¬ tocrates jusqu’alors inconnus, je les fais jour¬ nellement incarcérer et il en résulte encore l’échec d’un nouveau complot. « Je vous assure que si l’on tient ferme sur les mesures révolutionnaires, tous les citoyens, à l’envi, iront écraser les tyrans et leurs esclaves; Compiègne renfermait encore certains feuillants, on les ramasse, et en y passant j’ai nettoyé l’ad¬ ministration du district et la commune. Pa¬ tience, Ça ira et Ça va. « Dumont. « P. -S. Encore un prêtre qui se déprêtrise, la débâcle devient générale, bientôt nous dirons : plus de prêtres et beaucoup de républicains. » Sur la demande du citoyen Marissau (Marcis-seau), soldat au 89e régiment d’infanterie, con¬ vertie en motion, d’ordonner l’échange d’un assi¬ gnat de 300 livres dont il estlporteur, avec des assignats de petite valeur. La Convention passe à l’ordre du jour (1). Suit la demande du citoyen Marcisseau (2) : Nicolas Marcisseau, soldat au 89e régiment d'in¬ fanterie, aux citoyens composant la Convention nationale. « Expose que dès le 27 mai dernier, il est entré au service de la République dans l’armée du Nord. Il y a combattu les esclaves des des¬ potes coalisés, jusqu’au moment où une blessure qu’il avait reçue ayant momentanément inter¬ rompu son service, il fut conduit .à l’hôpital à Senlis, dans les premiers jours d’octobre der¬ nier (vieux style). Là, il a appris que les assi¬ gnats à face royale d’une valeur supérieure à 300 livres étaient démonétisés et qu’ils ne se¬ raient plus admissibles même dans les caisses nationales après le 1er janvier prochain. « L’exposant portait sur lui presque toute sa fortune, consistant en un assignat de 300 livres qu’il destinait à pourvoir aux besoins extraor¬ dinaires qui pourraient lui survenir. Il a obtenu à Senlis la permission de venir à Paris pour y réclamer près du ministre de la guerre la solde, qui lui est due pour avoir conduit 138 hommes (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 299. (2) Archives nationales, carton G 281, dossier 772.