SÉANCE DU 12 FRIMAIRE AN III (2 DÉCEMBRE 1794) - N° 6 375 Cette douce sensation qui n’est ni celle des despotes, ni celle des esclaves, ni celle des hommes corrompus, appartient tout entière aux amis de la liberté et de l’égalité, qui vous environnent de leur respect, de leur confiance, de leur amour. Que l’univers entier apprenne que le peuple français veille sur la destinée de ses représentants. Nous, nous jurons par l’égalité que notre surveillance devancera le crime dans sa marche mis-térieuse, que notre courage la repoussera loin au delà du sol de la liberté, et que la République sera purgée de ces hommes de sang, de ces faiseurs de noyades, comme elle l’est de ses oppresseurs couronnés, des assassinats... tyrans, voila donc votre politique, votre ouvrage; voila ce qu’inspire le despotisme barbare, ce qu’il tente à son agonie.... Le peuple français sonne votre heure dernière, il n’y aura plus de trônes que pour la vertu et la liberté. Vous, nos représentans, contraste frappant de ces monstres, reconnoissance éternelle soit à vous pour vos travaux ! Que les principes consacrés par votre adresse au peuple français soient à jamais dans tous les cœurs ! Notre enthousiasme a éclaté à sa lecture, mille fois répétée et toujours applaudie par les cris de Vive la Convention. qu’elle reste à son poste. Restez donc là où vous avez si bien mérité de la patrie. Le moment est arrivé où les despotes coalisés seront à vos genoux. Soyez toujours fidèles à la cause du peuple que vous faites triompher : ne la trahissez pas dans des circonstances critiques où les continuateurs de Robespierre voudroient jetter dans la France le tison de la guerre civile, et vos noms seront gravés sur les colonnes immortelles de la plus sublime des révolutions. Si lors des bras paricides osoient menacer de leurs poignards vos têtes sacrées, nos cadavres seront les degrés qui conduiront jusqu’à vous. C’est le serment d’une société qui honore la vieillesse et essuie les larmes des malheureux. Vive la République. Vive la Convention. Suivent 10 signatures. d [La société populaire régénérée de Bèze à la Convention nationale, Beze, le 20 brumaire an III\ (22) Liberté, Égalité. Citoyens représentans, Il y a guère que les François vivoient dans une crainte que produit l’excès des maux, et qui un malheur de plus, leurs soupirs n’osoient éclater, et les vœux qu’ils formoient pour la justice se changeoient en un désespoir de plus. Mais, ô prodige ! Votre adresse au peuple, le décret que vous venez de rendre relativement aux sociétés populaires ont heureusement arrêté (22) C 328 (2), pl. 1458, p. 29. les funestes effets de la licence, et ramené le calme dans tous les esprits. Oui, citoyens représentans, ils sont l’un et l’autre le chef d’œuvre de votre sagesse, le triomphe de l’humanité, de la justice et de la raison. Il en résultera deux grands avantages, celui de faire renaître la confiance, et celui de conserver l’amour de la patrie dans tous les cœurs, avec son énergie, sa plénitude, ses transports, son délire même. Cet amour deviendra si vif et si impérieux, qu’il réunira à lui seul, tous les intérêts ; alors il n’existera plus dans la République qu’une volonté, qu’un sentiment; alors l’impuissante coalition et ses lâches satellites, qui n’osent rompre des chaînes qu’ils ne peuvent porter, chercheront en vain de nous asservir... : la liberté s’est réservée une asyle en France. C’est dans le sanctuaire auguste des loix, autour de la Convention, sous l’égide puissant du drapeau tricolore, que doivent se réunir les citoyens jaloux d’échapper à l’injustice, à la servitude. Il semble qu’un ange tutélaire veille sur notre destinée ; qu’un génie particulier vous anime ; vos travaux immenses et pénibles, les obstacles qui naissent sans cesse des circonstances, loin de vous décourager vous rendent plus laborieux ; les succès de la République dont vous etes l’organe, se multiplient par vos soins et deviennent tous les jours plus brillants. Nous vous en félicitons, représentans, agréez nos hommages, comme le fruit de notre sincère amour pour le bien, de notre inviolable attachement à la Convention, et encore comme de notre entière adhésion à tout ce qui émanera d’elle. Restez à votre poste, nous vous en conjurons pour le bonheur des républicains français et le salut de la République. Conservez-y cette attitude imposante qui vous rend dignes d’être les mandataires d’une grande nation; ne souffrez surtout aucun intermédiaire entre elle et vous. Vous avez pénétré les desseins de ces hommes dangereux, qui rapport tout à leur ambition, qui n’ont que des passions avilies par des vices grossiers. Fermez sans pitié vos cœurs paternels aux cris de l’intrigue et de l’hypocrisie, ne les ouvrez qu’aux doux accens de la vertu. Continuez à faire triompher l’innocence, à punir les coupables; cette fermeté héroïque se distribuera dans les différentes classes des citoyens et le peuple, en vous imitant vous bénira. Et ont signé les membres présents à la séance du vingt brumaire an troisième de la République une et indivisible. Suivent 37 signatures. e [Le conseil général et plusieurs citoyens de la commune de Talmay à la Convention nationale, Talmay, s.d.] (23) (23) C 328 (1), pl. 1448, p. 14. 376 ARCHIVES PARLEMENTAIRES - CONVENTION NATIONALE Citoyens représentants, Nous venons de recevoir votre adresse au peuple français, elle nous a rempli de la plus vive satisfaction et nous nous empressons de vous en offrir les témoignages. Nous n’avons pu entendre sans être pénétrés de reconnaissance, les principes sacrés qu’elle contient, et les intentions bien prononcées que vous y manifestez pour le bonheur et la gloire de la République. Les sentiments qu’elle exprime étoient depuis longtemps dans les cœurs des bons citoyens et des braves patriotes, mais ils étoient étouffés: un sistème affreux les comprimoit et les empê-choit de se produire. Grâces vous soient rendues, citoyens représentants, de leur avoir donné l’essor, et d’avoir par votre courage et votre énergie, rendu au peuple français ses droits et sa dignité. Vous avez terrassé la thiranie nouvelle qui dominoit insolemment la nation. Continués d’une main ferme à abbattre les restes, et a rem-' placer par le règne de la justice et de l’humanité, le sistème infâme et destructeur qui a duré trop longtemps. Fermés l’oreille aux cris perfides et hypocrites des intrigans, qui sous le masque du patriotisme ne cherchent qu’à satisfaire leur intérest ou leurs ambitions. N’ajoutés aucune foi à ses phrases ampoullées et rebattues, que le modérantisme lève une tête audacieuse, et que les patriotes sont opprimés : rien n’est plus faux. Ce qui y a de vrai est que tous les citoyens honnêtes et tous les patriotes sincères et tranquilles, se réjouissent de voir fuir l’oppression sous laquelle ils gémissoient, et de pouvoir enfin respirer librement. Ce qu’il y a de vrai, c’est que les législateurs, que le mot de justice effraye ceux pour qui le trouble est un besoin, et craignent le retour des principes, et employent tous les moyens possibles pour l’éloigner. Ce qu’il y a de vrai, c’est que les dominateurs voyent avec peine l’authorité s’échapper de leurs mains, desvient se perpétuer le sistème de la terreur. C’est qu’aujourd’hui, ils se croyent opprimés parce qu’ils n’oppriment plus, et qu’à leurs yeux, c’est une tête audacieuse et rebelle que ne plus la tenir courbée sous leur joug. Nous espérons avec confiance qu’un ordre des choses aussi avillissant disparoîtra sans retour. Les principes que vous venés de manifester nous en donnent l’assurance. Et nous avons applaudi de grands coups à l’engagement que vous prenez de maintenir le gouvernement révolutionnaire, dégagé des vexations et des iniquités dont il a été le prétexte ; de frapper le crime et d’épargner l’erreur ; de faire régner la justice et d’écouter attentivement toutes les réclamations ; mais de faire taire toutes les voix qui parleroient plus haut que la représentation nationale. Quand à nous, pour répondre à cet engagement sacré, nous jurons d’être constamment fidelle à la cause de la liberté et de l’égahté, à l’unité et l’indivisibilité de la République, ainsi qu’à la Convention, d’obéir ponctuellement à ses décrets, de les faire exécuter et de ne reconnoître aucune autre autorité que la sienne. Tels sont et ont toujours été nos sentimens et ceux du canton de Talmay. Telle est aussi notre réponse à une dénonciation qui vient d’être faite contre nous à la société populaire de Dijon, par le citoyen Disson, qui nous a traité d’aristocrates ou de fanatiques, et qui a cherché à compromettre plusieurs citoyens honnêtes et bons patriotes, qu’il a spécialement désignés. Mais la société éclairée par la discussion a bientôt reconnu que le canton de Talmay étoit absolument sans reproches à cet égard; qu’il avoit toujours ponctuellement exécuté les lois et même qu’il avoit rendu dans tous les temps à la commune de Dijon, tous les services qui avaoient été en son pouvoir. Aussi s’est-elle empressée de passer à l’ordre du jour et de faire justice de la motion calomnieuse d’un homme qui ne voit partout que des gens suspects, qui s’est montré partisan déclaré du sistème de terreur, et que les dénonciations continuelles ont semé la division entre les citoyens de la commune de Talmay. Champion, maire, Gausserot, Billotet, Trillet, Decoton, officiers municipaux, Marguillers, greffier et 39 autres signatures. f [Les amis de la Constitution de 93 séant à Cas-telmoron à la Convention nationale, Castelmo-ron, le 21 brumaire an III\ (24) Salut, respect et attachement inviolable. Au milieu des félicitations qui vous parviennent de toutes parts, recevez aussi les nôtres. Pères de la Patrie! continuez à méritter par votre sagesse et votre énergie les bénédictions d’un peuple immense qui vous doit sa liberté, et qui attend de vous le complément de son bonheur. Après avoir raffermi l’empire de la liberté et de l'égalité par le supplice des triumvirs, il finira de la consolider par l’anéantissement de tous leurs satellites, car il ne faut pas se le dissimuler, Robespierre, cet infâme conspirateur n’est plus, nous le savons, mais combien d’hommes aussi corrompus que lui, qui souillent encore la terre de la liberté. Nous vous en conjurons donc, législateurs, finissez d’écraser d’un bras vigoureux tous ces hommes atroces, qui voulaient nous conduire par le sommeil de la mort à la plus affreuse tirannie. Pendant une année, nous avons été les tristes jouets de ces cannibales qui, couverts d’un masque où l’hypocrisie avait gravé les traits de la vertu et du patriotisme, exerçaient sur tous les vrais patriotes les vexations les plus criantes. Partout on voyait la calomnie qui cherchait à flétrir l’innocence pour la perdre plus sûrement. Pendant la durée de ces jours d’horreur, la terreur avait tellement comprimé toutes les âmes qu’on voyait les fripons, les dilapidateurs (24) C 328 (2), pl. 1458, p. 30.