[Convention nationale.] ARCHIVES PARLEMENTAIRES. brumaire an II 545 gens suspects, douteux, les modérés, les égoïstes, tous les messieurs, sans distinction de ceux qui n’ont rien fait pour la Révolution, d’avec ceux qui ont agi contre elle, attendent dans les lieux de réclusion, les mesures ultérieures que néces¬ sitera l’intérêt de la République. J’ai dit sans distinction des insouciants d’avec les suspects; car nous tenons à ces paroles de Solon : « Qui n'est pas pour nous est nécessairement contre nous. » Une chose manquait à notre Révolution ; elle vient de s’opérer dans notre département d’elle-même, et sans convulsion, par la seule force et le développement de la raison et de la philosophie. Plus de prêtres, plus de préjugés religieux; l’ Éternel n’aura plus d’autres temples que nos cœurs, seuls sanctuaires qui sont dignes de lui. Vanel, curé d'Aurillac et président de la Société populaire, présent à la barre, abjure son métier de prêtre. Il a toujours, dit -il, été prêtre de nom, philosophe de fait. Il retrace ensuite les services rendus à la patrie par la Société popu¬ laire, par les corps administratifs d’Aurillac, par tous les habitants du Cantal. Les pétitionnaires sont admis à la séance au milieu des plus vifs applaudissements. L’assemblée décrète la mention honorable du zèle des patriotes du Cantal. Milhaud. Vous voyez devant vous un jeune chasseur nommé Dandurand, né à Aurillae, qui dans l’exécrable guerre delà Vendée a reçu trente et un coups de feu et douze coups de sabre. Les ennemis l’ont laissé pour mort sur le champ de bataille. En lui passant sur le corps, ils ont voulu en vain le forcer à crier : Vive le roi ! il leur a toujours répondu par le cri de : Vive la République! Cette action est aussi digne d’at¬ tention que celle de Labretèche. Je demande que ce jeune volontaire soit entendu. Dandurand. En exposant ma vie pour la République, j’ai fait mon devoir. Si je me féli¬ cite que mon sang ait été arrêté, c’est qu’il pourra de nouveau couler pour la patrie. Ce jeune volontaire est admis à la séance, et entre dans la salle au milieu des témoignages de la sensibilité générale. Milhaud. Je demande la mention de ce trait héroïque au Bulletin, et que le ministre de la guerre soit chargé de donner de l’avancement à ce jeune et brave volontaire. Ces propositions sont adoptées. La Commission centrale de bienfaisance, réu¬ nie à la commune de Paris, sollicite des secours en faveur de la classe des indigents. Renvoyé aux comités des secours et des finances (1). Compte rendu de Y Auditeur national (2). La Commission centrale de bienfaisance, réunie à la commune de Paris, sollicite des se¬ cours en faveur des citoyens indigents. D’après (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 344. (2) Auditeur national [n° 425 du 1er frimaire an II (jeudi 21 novembre 1793), p, 2]. D’autre part, les différents états dressés dans chaque section» leur nombre s’élève à 120,000, et, pour que la Commission de bienfaisance puisse efficacement les secourir, elle expose qu’il est nécessaire de mettre à sa disposition une somme de 100,000 li¬ vres par mois. Renvoyé au comité des secours et des fi¬ nances. La commune de Passy-lès-Paris fait hommage de ses vases et ornements d’église, et invite la Convention à rester à son poste. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (1). Le citoyen Catoire-Bioncourt fait don à la nation d’une indemnité considérable à laquelle il avait droit de prétendre, conformément à l’ar¬ rêté du comité de liquidation. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (2). Suit la lettre du citoyen Catoire-Bioncourt (3). « Paris, le 20 brumaire de l’an II de la République française. « Citoyen Président, « Mon père a fait des travaux considérables pour l’utilité publique; la dépense qu’ils lui ont occasionnée a été examinée par les comités, elle s’élève à plus de 300,000 livres. J’avais à prétendre sur cette somme environ 100,000 li¬ vres pour laquelle je m’étais pourvu d’abord au comité de liquidation. Ce comité a déterminé que je devais me pourvoir, pour obtenir une gratification (proportionnée à mes droits sans doute, quoiqu’il ne l’indique pas). » Mais ce n’est pas, citoyen Président, lorsque la patrie, cette mère commune, a besoin, que les francs républicains, ses véritables enfants, doi¬ vent venir lui demander. Aussi, quoique chargé d’une famille nombreuse et peu fortunée, je m’empresse de te supplier de remettre à la Con¬ vention ma renonciation à l’indemnité qui m’é¬ tait due : j’en fais don à la République, comme créancier de mon père. « Ma nombreuse famille ne pouvant encore voler à la défense de la patrie, je la laisse aux soins de ma femme, et je cours aux frontières; je renonce à l’administration des salines (le poste des bons républicains étant aux armée* x dès que ma comptabilité sera finie. « Mais, citoyen Président, comme je ne suis pas un de ces patriotes que la journée du 10 août a faits, comme je me suis dévoué à la marche de la Révolution dès les premiers mo¬ ments de 1789, et que j’ai constamment travaillé Annales palrioliques el littéraires [n° 324 du 1er fri¬ maire an II (jeudi 21 novembre 1793), p. 1502, col. 1] rendent compte de la pétition de la Commission centrale de bienfaisance dans les termes suivants 5 « La Commission centrale de bienfaisance du dé¬ partement -de Paris se présente à la barre, accom¬ pagnée de deux membres de la Commune. Elle de¬ mande des secours pour les malheureux habitants de cette ville. « Renvoyé au comité des secours pour en faire un prompt rapport. » (1) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 344. (2) Ibid. (3) Archives nationales, carton C 278, dossier 745, lre SÉRIE, T i LXXIX. 35 ;S 546 [Convention nationale,] ARCHIVES PARLEMENTAIRES, j fg ™mbrea?793 par tous mes moyens à ses progrès sans avoir jamais varié dans mes principes de liberté, cet ardent patriotisme qui m’animera jusqu’au der¬ nier soupir me commande, avant de quitter les salines, de prier la Convention de faire examiner que sont et que furent les intrigants et les pa¬ triotes masqués qui veulent dévorer ces im¬ menses domaines de la nation, et qui en persé¬ cutent les administrateurs. « J’avertis, j’ai rempli ma tâche, c’est à toi, citoyen Président, à faire le reste. « C AT oire -B i on court, membre du conseil de la commune et de la Société des Jacobins de Mayenne, district de Château-Salins. » Extrait des procès-verbaux du comité de liquidation et examen des comptes (1). Du 30 janvier 1793. Un membre fait le rapport de la demande du citoyen Catoire, relative à une indemnité pour travaux faits pour la navigation des deux Seüles qui traversent la Lorraine et les deux évêchés. Le comité arrête, après discussion fermée, qu’il n’y a lieu à liquidation en faveur du ci¬ toyen Catoire, sauf à lui à se pourvoir pour obtenir une gratification. Collationné conforme à la minute, par nous secrétaire du comité. A Paris, le 17 brumaire, l’an II de la Répu¬ blique, une et indivisible. Ch. Pottiek, secrétaire. « Je soussigné comme créancier de feu mon père et désigné ou dénommé dans l’arrêté ci-des¬ sus, déclare faire don à la République et renoncer à la gratification à laquelle j’avais droit, comme créancier premier de mon père susdit, pour rai¬ son des travaux publics que ledit feu mon père a faits, et montant à plus de trois cent mille livres sur lesquelles j’en avais environ cent à réclamer, s’ils eussent été accordés. « Fait à Paris, ce vingt brumaire de l’an II de la République française, une et indivisible. « Catoibe-Bioncoukt. » La Société populaire d’Ingouville, près le Havre, demande l’anéantissement des villes de Lyon et de Toulon, et que la charrue du cultiva¬ teur éteigne tous les vestiges de ces villes rebelles. Mention honorable, insertion au « Bulletin » (2). Suit la lettre de la Société populaire d’Ingou¬ ville (3). La Société républicaine des Amis de la Consti¬ tution séant à l’ancienne église d’Ingouville, près le Havre, à la Convention nationale. « Ingouville, ce 24 de brumaire, l’an II de la République, une et indivisible. « Mandataires du peuple, « Notre Société a arrêté dans son sein, et in¬ séré au procès-verbal de ses séances, pour vous ( 1 ) Archives nationales, carton C 278, dossier 745. (2) Procès-verbaux de la Convention, t. 25, p. 344. (3) Archives nationales, carton C 281, dossier 774, inviter à tenir ferme eontre les villes rebelles (comme Lyon et Toulon) qui se sont révoltées contre les principes de la Révolution et qui ont pris lâchement les armes contre les armées de la République. « Que ces deux villes soient anéanties à jamais et que la ville de Toulon, lorsqu’elle sera délivrée des satellites qui l’infectent, soit rasée et que la charrue du cultivateur éteigne tous les vestiges qui pourraient paraître sur la sur¬ face du terrain où étaient plantées les maisons de ces infâmes égoïstes du despotisme, à la réserve des forts et fortifications qui appartien¬ nent à la République une et indivisible, qui ser¬ viront à défendre la cause de la liberté et de l’égalité. « C’est le vœu unanime des vrais sans-culottes et amis de la Constitution. « Salut et fraternité. Vive la Montagne ! « Les membres du comité de correspondance, « Nicolas Pupin fils; secrétaire; Guerou, président; Quenot, vice-président; Chau¬ vin, secrétaire. » La commune de Colombes fait don des vases et ornemente de son église : « Nous vous appor¬ terions, dit l’orateur, de plus riches dépouilles, si notre commune, depuis de longues années, n’était épuisée par les fléaux du ciel et ceux de la féodalité; tout son sang, sa seule richesse, est pour la patrie et la sainte Montagne de la Con¬ vention. » Mention honorable et insertion au « Bulle¬ tin » (1). Lettre des autorités constituées de Compiègne, par laquelle elles annoncent à la Convention que les bruits répandus d’un rassemblement de bri¬ gands dans la forêt de Compiègne sont faux, qu’il n’existe aucun rassemblement, et qu’on peut en croire des hommes que l’ardent amour de la République tient toujours éveillés. Insertion au « Bulletin » (2). Suit la lettre des autorités constituées de Com¬ piègne (3). Au citoyen Président-de la Convention nationale. « Citoyen Président, « Combien n’avons-nons pas dû être surpris des bruits étranges qui se répandent à Paris sur la forêt de Compiègne. Quoi î des rassemble¬ ments de brigands ! le noyau d’une seconde Vendée ! Non, citoyen Président, l’absurdité de ces bruits calomnieux saute à tous les yeux; ils n’ont pas l’ombre même de la vraisemblance. En effet, comment des patriotes, sans cesse sur¬ veillant tout ce qui se passe autour d’eux, au¬ raient-ils ignoré ces rassemblements? Et, s’ils en avaient eu connaissance, qui osera penser qu’ils n’en eussent pas aussitôt informé la Con¬ vention? Non, encore un coup, il n’existe rien de semblable dans notre forêt, croyez-en des hommes que l’ardent amour de la République (I) Procès-verbaux de la Convention , t. 25, p. 344. (2) Ibid. (3) Archives nationales, carton C 281, dossier 744.