130 ARCHIVES PARLEMENTAIRES - CONVENTION NATIONALE L’Assemblée applaudit à cette adresse, elle en ordonne l’insertion au Bulletin (79). 48 L’Assemblée passe à l’ordre du jour sur cette pétition (80). [La société populaire de Toulouse à la Convention nationale, le 3ème jour s.-c. an II] (81) Représentai du peuple, Quels jours d’allarmes ont succédé à la destruction des prétendans à la dictature? Le génie de la liberté ne plane-t-il plus sur nos têtes ? Son flambeau ne jetterait-il déjà qu’une lueur phosphorique, et le modérantisme aurait-il prétendu vouloir faire croitre ses pavots somnifères jusques sur la Montagne? N’écoute-t-on plus les cris d’allerte des sentinelles vigilantes, ni les réclamations des jacobins? faut-il qu’ils éteignent leur phanal pour qu’ils échapent dans l’ombre aux embûches que l’aristocratie insolente leur prépare? Chaque Montagnard n’entent-il pas qu’on lui crie : tu dors Brutus. Quelques patriotes énergiques incarcérés dans toutes les communes depuis le 9 thermidor et un grand nombre de leurs ennemis mis en liberté n’effrayent-ils pas pour l’avenir? Mandataires du souverain prenez des mesures : l’ennemi extérieur est loin de nos frontières, mais l’ennemi intérieur est à la veille d’avoir un point de ralliement; il cherche à nous diviser, il nous calomnie, il ne lui faut que des armes pour nous combattre; attendrons-nous qu’il soit forcé pour nous attaquer. Législateurs, réprimez l’orgueuil de la malveillance qui bientôt viendrait vous braver jusques dans le sénat : donnez des ordres aux sans-culottes; leurs piques et leurs bras sont prêts. On a eu beau vouloir rendre muètes les tribunes des quarante mille sociétés populaires de la République, on a tenté vainement de para-liser leur énergie; voyez-les, rompre le bâillon que leur avaient mis les triumvirs, se rallier autour de la Montagne et renverser les crapauds du marais qui veulent tenter de la gravir. Délégués du peuple français, c’est vous qui nous avez fait ce que nous sommes; la République est votre ouvrage, et l’égalité votre enfant adoptif ; ne souffrez pas que des collatéraux insidieux s’introduisent dans vos (79) Moniteur, XXII, 93. (80) Moniteur, XXII, 93. (81) C 321, pl. 1350, p. 6. Mention marginale : l’ordre du jour. Mention dans Ann. R. F., n“ 7; J. Fr., n’ 733; J. Mont., n’ 154; J. Perlet, n 736; M. U., XLIV, 106. foyers, pour vous tromper et morceler son héritage. Que tous ces gens à parchemin qui se disaient autrefois guerriers sans avoir jamais combattu, comme ils se disent aujourd’hui agriculteurs sans avoir manié la charrue, n’échappent plus aux maisons d’arrêt pour diviser sourdement dans les villes et corrompre l’esprit public dans les campagnes. Organisez les comités révolutionnaires comme vous l’avez ordonné. Rétablissez quelques décrets que le modérantisme caressé par l’aristocratie vous a fait rapporter. N’écoutez ni les prétendus phi-lantropes qui réclament la liberté indéfinie de la presse, ni ceux qui continuellement les mots de justice et de vertu sur les lèvres, ne se couvrent de ce manteau d’humanité que pour étouffer le patriotisme et poignarder la liberté. Après l’expulsion des Tarquins les Romains auraient-ils souffert que quelque orateur se fut permis d’ozer faire au forum l’apologie de Porsenna, et Brutus qui fit trancher la tête à ses deux fils parcequ’ils trahissaient la cause du peuple, n’était-il pas ami de la vertu? Que le gouvernement révolutionnaire reprenne et conserve son énergie jusqu’à la paix; nous avons un si grand nombre d’esclaves et tant d’ennemis à combattre, que sans ce sacrifice exigé momentanément de la liberté, la génération présente ne pourra se flatter du bonheur de jouir de notre régénération, ni voir asseoir notre constitution sainte que ce mode de gouverner peut seul garantir des brasiers que les aristocrates de chaque couleur allument de toutes parts pour la dévorer. Rapportez le décret sur la question intentionnelle. S’il est maintenu, tous les accusés li-berticides auront agi innocemment, et tous les contre-révolutionnaires trouveront grâce, parcequ’ils diront avoir été dans l’yvresse ; comme si rien pouvait absoudre le monstre qui veut déchirer sa patrie; et si l’on ne savait pas, comme le dit l’immortel auteur du Contrat social qu’un scélérat s’abstient avec précaution de toutes liqueurs fermentées de peur qu’il ne montre son âme trop à découvert et que l’yvresse qui renforce toutes nos inclinations naturelles ne le porte publiquement à commettre des crimes qu’il ne médite que dans l’ombre ; en ne mangeant que du pain noir autour d’une table rustique le patriote quelquefois peut s’enyvrer en portant des toastes à la liberté et chantant des hymnes à la patrie; mais l’aristocrate savoure des mets succulents assis sur l’edredon, se repait de ragoûts raffinés et ne s’abreuve qu’avec de l’eau, crainte qu’il ne lui échape quelques expressions qui décèleraient ses projets ou quelques refreins prohibés qui le mettraient à la merci des sans-culottes qui seraient à portée de l’entendre. Représentans du peuple, que la loi frappe tous ceux que des preuves matérielles marquent depuis longtems du sceau de la réprobation; qu’elle tienne reclus jusqu’à la paix, pour transporter loin de notre territoire et reléguer dans les pleines de la Guyane, tous ces financiers égoistes et thésoriseurs-apathiques qui ont SÉANCE DU 7 VENDÉMIAIRE AN III (28 SEPTEMBRE 1794) - N08 49-50 131 gardé un silence coupable et n’ont jamais mis la main à l’œuvre, pour faire prendre racine à l’arbre de la liberté. Mais qu’elle brise les fers de tous les patriotes détenus et même qu’elle fasse grâce aux sans-culottes égarés par ignorance ou par erreur, il ne sera pas difïïcille de ramener au giron de la République le plebeyen sans fortune que l’on n’a jamais ébloui et que le fanatisme n’aveugle point. Pères de la patrie, restez à votre poste juqu’à la paix, il n’appartient encore qu’à vous de tenir le gouvernail ; des pilottes inexpérimentés nous fairaient échouer contre quelque éceuil, ne fermez vos cœurs ni vos oreilles à nos sollicitudes. La France attend de vous sa gloire, le peuple son bonheur et l’Europe sa liberté. Lafont père, président , Desbarreaux, vice-président , Maignard, Gilibert, secrétaires. 49 Didot fils, qui fait imprimer une nouvelle édition des Oeuvres de Jean-Jacques, demande que les manuscrits que la Convention a entre les mains lui soient confiés. Cette demande est renvoyée au comité d’instruction publique (82). 50 Poinçot, libraire, invite l’Assemblée de lui permettre de prendre connoissance du manuscrit des Confessions de J.-J. Rousseau pour compléter l’édition des Oeuvres de ce grand homme, à laquelle il travaille, et qui doit être plus parfaite que celles qui ont paru (83). (82) Moniteur, XXII, 96. (83) Ann. R. F., n" 8; Rép., n" 8.